La dernière année du mandat de George W Bush s'annonce plus difficile que toutes les précédentes. Face à un congrès de plus en plus hostile à sa politique en Irak, le président américain peine à maintenir le cap, encore plus à justifier une guerre qui a entrainé une recrudescence du terrorisme et de la violence islamiste du Maghreb à l'Asie.
De fait, les dernières semaines ont vu se succéder les mauvaises nouvelles. Après la rébellion d'un camp palestinien au Liban, la violence au Pakistan a pris un tour nouveau avec l'assaut donné à la "mosquée rouge" d'Islamabad par les forces gouvernementales et la vague d'attentats qui a suivi. La guerre s'est ranimée en Afghanistan, avec prise d'otages, attentats kamikazes et infiltrations accrues à partir des "zones tribales" du Pakistan, lesquelles sont devenues, selon les responsables américains eux-mêmes, une place forte d'Al Qaida et le refuge probable de Ben Laden et Zawahiri, ses deux principaux leaders qui seraient redevenus opérationnels. D'où un regain de tension entre le président pakistanais Musharaf, qui souhaite reconduire la trève conclue en septembre avec les chefs locaux, et le commandement américain, qui n'exclut pas de frapper unilatéralement ces zones de non-droit.
Tous ces développements illustrent les aléas du combat antiterrorisme, où les "succès" font vite place, avec le temps, à la désillusion. Ainsi, le renversement d'un régime islamiste en Somalie par les troupes éthiopiennes, avec la bénédiction américaine, a en fait replongé en quelques mois ce pays dans la guerre civile. En Afghanistan, où de nombreuses "bavures" des forces occidentales font de nombreuses victimes civiles et aliènent la population, la corruption et la culture du pavot fleurissent comme jamais.
C'est toutefois l'Irak qui reste le cauchemar numéro 1. On ne compte plus les rapports émis ou à venir sur ce sujet à Washington ces dernières semaines : ceux de l'administration, qui en a remis un en juillet avec 18 "critères de succès" (benchmarks) partiellement réalisés et qui compte publier une "mise à jour" en septembre, celui du "bureau des comptes" (GAO), qui va la devancer dès le 1er septembre, celui des généraux sur le terrain, etc. - chacun cherchant à gagner du temps pour anticiper ou retarder les décisions du Congrès à majorité démocrate. En fait, les révélations et conclusions sont celles que pourrait formuler n'importe quel observateur moins informé : augmentation des violences et des pertes, accroissement - tout comme en Afghanistan - du nombre de jihadistes étrangers au pays, impuissance du gouvernement de Bagdad, etc. Quant à George Bush, sa seule concession au réalisme a été l'ouverture officielle de négociations avec l'Iran, mais on ne saurait en attendre des résultats rapides. Pour le reste, le président américain s'appuie sur un rapport de ses services de renseignement (National Intelligence Estimate) pour faire une nouvelle "fixation" sur Al Qaida et Ben Laden, accusés de vouloir perpétrer des attentats sur le sol américain en utilisant leurs (nouvelles) capacités en Irak. On le savait, mais c'est un argument de plus pour exiger "rien de moins qu'une victoire totale" sur ce front.
A l'évidence, la violence terroriste aurait persisté après le 11 septembre, tout comme elle existait déjà avant, avec ou sans la guerre en Irak. Mais en dehors des efforts efficaces déployés par les divers gouvernements nationaux, comme le montrent l'absence d'attentats ultérieurs sur le sol américain et les résultats rapides et concluants des enquêtes policières après chaque attentat en Europe (et aussi au Maghreb), une autre politique était possible au plan international. Plutôt que de déclencher le chaos en Irak, mieux valait "mettre le paquet" en Afghanistan pour empêcher les talibans d'y reprendre pied et faire de ce pays un modèle de développement, y compris vis-à-vis des zones tribales du Pakistan voisin : malgré les difficultés de toute occupation, le contexte y était plus favorable, compte tenu du bon accueil réservé au gouvernement Karzaï à ses débuts. De même, plutôt que de laisser pourrir par une inaction totale le conflit israélo-palestinien, un engagement diplomatique actif, dans la lignée des politiques poursuivies de Carter à Clinton, aurait désamorcé au moins en partie les frustrations du monde arabe et les excès de l'idéologie islamiste.
Il est possible, voire probable, qu'une autre administration américaine moins compromise avec les erreurs de celle-ci renouera avec cette tradition. Mais les conditions seront encore plus difficiles tant que l'Irak restera, avec ou sans présence américaine, ce qu'en a fait George Bush : le "front central" de la guerre contre le terrorisme.
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