Chroniques

Chronique du 27 septembre 2007

par Michel TATU

Menaces sur l'Iran ?

La polémique suscitée en France par les déclarations de Bernard Kouchner sur l'Iran ne saurait faire oublier que le principal débat a lieu Outre-Atlantique, au sein même de l'administration américaine, et cela depuis plusieurs semaines. Le président Bush veut-il, par un coup d'éclat en Iran, faire oublier son échec en Irak, montrer que la puissance militaire américaine n'en est pas affaiblie, terminer sa présidence par une dernière "victoire contre le terrorisme" en détruisant le potentiel nucléaire de l'Iran, voire plus largement ses structures militaires et politiques ? Ces questions sont périodiquement évoquées par la presse anglo-saxonne, qui avance même divers scénarios d'attaques.

Le premier scénario implique d'abord un bombardement du centre nucléaire de Natanz par la seule aviation israélienne, suivi, après les premières représailles iraniennes, par une intervention aérienne américaine contre d'autres objectifs. Certains croient voir dans le mystérieux raid israélien du 6 septembre contre un objectif non officiellement désigné en Syrie un "exercice préparatoire" pour ce genre d'opération, avec les ravitaillements en vol et les tests grandeur nature des défenses antiaériennes qu'il a impliqués.

Un autre scénario découle de la guerre en Irak. Pour arrêter les envois clandestins de fournitures militaires dans ce pays en provenance d'Iran, ainsi que l'entraînement des milices shiites dans le "sanctuaire iranien", l'armée américaine multiplierait les incursions au delà de la frontière irakienne, amorçant une escalade qui déboucherait sur des bombardements de plus en plus intenses sur l'ensemble du pays des mollahs : le Pentagone aurait listé jusqu'à 2.000 objectifs... Ce scénario est rendu plus plausible par le net durcissement du ton des responsables américains en Irak contre l'Iran, illustré par leurs dépositions au Congrès début septembre. Pour le général Petraeus, commandant en chef, l'Iran veut utiliser certaines forces rebelles en Irak comme il le fait du Hezbollah au Liban et mener une "guerre par procuration" contre l'Irak et la coalition dirigée par les Etats-Unis. Quant à l'ambassadeur Ryan Crocker, il dénonce le "rôle nuisible" de l'Iran, qui serait "le gagnant" en cas de guerre civile généralisée en Irak, "consolidant son influence sur les ressources et peut-être le territoire" de ce pays.

Cela dit, la situation à Washington a bien changé depuis cinq ans, lorsque  l'administration Bush-Cheney préparait l'opinion à la guerre contre Saddam Hussein. Les Républicains ne sont plus majoritaires, Donald Rumsfeld n'est plus là, certains généraux tiennent à ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle aventure et le font savoir. Le général Abizaid, ancien chef du "commandement central" (dont dépend l'Afghanistan, l'Irak et l'Iran), met en garde contre une guerre qui serait "un désastre pour nous". Il a pris sa retraite et donc retrouvé sa liberté de parole, mais son successeur l'amiral Fallon, encore en fonction aujourd'hui, est tout aussi explicite en dénonçant les "roulements de tambour perpétuels sur les conflits" et en annonçant qu'une guerre contre l'Iran "ne se produira pas sous ma surveillance". Un passage à l'acte entraînerait donc des démissions spectaculaires . Mais dès maintenant la grogne des généraux n'est sans doute pas étrangère à la multiplication des fuites dans la presse.

L'heure reste donc à la diplomatie, d'autant que l'Agence atomique de Vienne fait état de progrès à la suite de l'accord signé en août avec l'Iran, et qui doit se traduire par la communication avant la fin de l'année d'autres informations qu'elle avait demandées. Les optimistes s'appuient aussi sur la situation intérieure en Iran, où le président Ahmadinejad, malgré ses spectaculaires apparitions à  New York, a subi plusieurs échecs et aurait perdu de son autorité. Les mêmes - mais pas tous - voient dans l'application de sanctions éventuellement renforcées un bon moyen d'encourager cette évolution, beaucoup plus en tous cas que dans une guerre qui ne pourrait que consolider les "ultras".

Lire aussi une note de Bruno Gruselle (FRS) :  Quelle politique de sanctions face à la prolifération ?

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