Chroniques

Chronique du 2 décembre 2007

par Michel TATU

Annapolis : un nouveau départ ?

Rarement une conférence internationale comme celle qui vient de se tenir à Annapolis, les 26 et 27 novembre, sur un règlement israélo-palestinien, aura été accueillie avec autant de scepticisme. D'abord parce que ce n'est pas, et de loin, le premier exercice du genre, chaque président américain successif s'étant efforcé de relancer le "processus de paix", surtout à la fin de son mandat. Dans le meilleur des cas, on reviendrait sept ans en arrière, aux accords de Taba de janvier 2001, enterrés quelques semaines plus tard avec le départ de Bill Clinton de la Maison blanche et l'arrivée d'Ariel Sharon à la tête du gouvernement israélien. Une autre raison est que les acteurs d'aujourd'hui sont tous en sursis ou très affaiblis : George W. Bush termine un dernier mandat marqué par ses échecs en Irak, Ehoud Olmert, très critiqué pour sa guerre au Liban et divers scandales, ne dépasse guère 30% d'opinions favorables, Mahmoud Abbas, depuis sa défaite à Gaza, contrôle moins de la moitié des Palestiniens et reste totalement dépendant d'Israël.

La rencontre s'en est ressentie : l'objectif premier américain, qui était d'adopter une déclaration sur des points d'accord, a été remplacé par un engagement en faveur de "négociations", qui restent à engager. Même le mot de "conférence" a été évité, et les Etats-Unis ont renoncé à faire avaliser par le Conseil de sécurité des Nations Unies la déclaration d'Annapolis...

Cela dit, quelques points positifs sont à signaler: d'abord la participation de pratiquement tous les pays arabes, y compris la Syrie. Y compris aussi l'Arabie saoudite qui, si son représentant a refusé de saluer le premier ministre israélien, a enfin reçu l'hommage de Washington et d'Israël pour son "initiative de paix" engagée en 2002 au nom de l'ensemble du monde arabe, et qui était restée ignorée. Ensuite, les participants se sont engagés à ouvrir immédiatement les négociations (une première session est prévue pour le 12 décembre) sur tous les sujets et, mieux encore, à "déployer tous les efforts" pour conclure avant la fin 2008.

Cela dit, Ehoud Olmert a immédiatement fait savoir qu'il n'y avait "aucun engagement sur un calendrier spécifique concernant les négociations" et qu'Annapolis "n'est pas un tournant historique". Plus précisément, Israël entend revenir à la "feuille de route" adoptée en 2003, assortie des nombreuses "réserves" qu'il avait formulées alors. Il a déjà insisté sur le fait que toutes les attaques lancées contre son territoire doivent cesser avant tout engagement de sa part : or celles-ci proviennent de Gaza, non contrôlé par l'Autorité palestinienne. Rappelons aussi que cette feuille de route prévoyait la création d'un Etat palestinien en... 2005.

La différence avec la situation d'alors est que cette feuille de route échappe au "quartet" formé par l'ONU, l'Union européenne, la Russie et les Etats-Unis et que ces derniers reprennent la main: ce sont eux et eux seuls qui "observeront et jugeront" l'application des accords, notamment grâce à la présence du général Jones, ancien commandant de l'Otan, nommé coordinateur de la sécurité dans les territoires palestiniens. Cela dit, George Bush est resté en deça de la "feuille de route" (qui demandait un retour à la situation pré-intifada de 2000) et n'a mentionné que deux exigences précises vis-à-vis d'Israël : l'élimination des "postes avancés" (outposts) installés illégalement au-delà des colonies juives actuelles et l'arrêt de "l'expansion" de ces mêmes colonies. Et Mahmoud Abbas a dû admettre qu'il n'avait reçu aucune garantie de Washington quant aux négociations et à leur issue.

Quelques autres facteurs doivent être pris en compte : l'Iran, grand absent de la discussion d'Annapolis - et perdant partiel dans la mesure où son allié syrien y participait - a fait l'objet d'un entretien spécial entre Ehoud Olmert et George Bush. Il n'est pas interdit de voir dans les "gestes" d'Israël à propos du "processus de paix" un préalable demandé par Washington afin de créer un contexte plus favorable, notamment dans les pays arabes, au durcissement attendu avec l'Iran dans les semaines à venir à propos du nucléaire.

Du côté israélien, on est conscient que le futur président américain risque d'être moins indulgent que l'actuel : "Je ne trouve nulle part une meilleure compréhension des problèmes vitaux d'Israël que dans le bureau ovale" de George Bush, a dit le Premier ministre. Une autre motivation à plus long terme est le facteur démographique, qui risque de transformer la revendication palestinienne actuelle - fin de l'occupation, création d'un Etat indépendant - en une demande "beaucoup plus nette, beaucoup plus populaire et en fin de compte beaucoup plus puissante", selon Ehoud Olmert, que serait la formule "un homme, une voix" à l'intérieur d'un même Etat. Toujours selon lui, ce passage "du paradigme algérien à un paradigme sud-africain" ferait même perdre à Israël le soutien de sa "base de pouvoir en Amérique", les organisations juives, qui "ne pourront soutenir un Etat qui ne défend pas la démocratie et des droits de vote égaux pour tous ses résidents" : or cela signifierait "la fin de l'Etat juif".

Reste donc à autoriser cet Etat palestinien, mais aussi à le rendre viable économiquement et politiquement, débarassé des barrières et autres "check points". On est loin du compte, à voir les difficultés que rencontre Ehoud Olmert pour imposer les quelques gestes destinés à conforter son partenaire Mahmoud Abbas : une promesse de lui livrer 25 véhicules blindés a été ajournée en raison des objections de ses services de sécurité ; 429 prisonniers palestiniens ont été libérés, mais il en reste plus de 8.000, notamment le plus populaire d'entre eux, Marwan Barghouti, pourtant acquis à la cause des négociations. Quant au Hamas, isolé dans son fief de Gaza, Mahmoud Abbas se dit prêt à discuter avec lui s'il "met fin à son coup d'Etat", mais il est resté totalement ignoré à Annapolis.

Pour en savoir plus


Consulter l'ensemble des Chroniques

revenir en haut de la page



 
Plan d'accès
Plan du site
Contacter le webmaster