Le rapport collectif des services américains de renseignement (National Intelligence Estimate, ou NIE) concluant que l'Iran a renoncé dès 2003 à son programme nucléaire militaire a déstabilisé George W. Bush sur le plan politique, sans mettre fin pour autant à sa détermination d'accentuer ses pressions sur Téhéran. Le président américain n'hésite pas à saluer la "grande découverte" de ses services, mais pour lui leur rapport "ne change en rien mon opinion sur le danger que l'Iran pose au monde ; c'est tout le contraire". Le Conseil de sécurité doit donc brandir à nouveau le "baton", autrement dit décider d'une troisième vague de sanctions, seul moyen de s'assurer que le coup d'arrêt donné il y a quatre ans restera en vigueur. Tout juste adoucit-il le ton en accentuant le volet "carotte" du dyptique, l'offre à Téhéran d'une "avancée" non précisée, mais sans doute vers des relations plus détendues, celles-là même, ajoute-t-il, qui prévalaient "avant l'élection d'Ahmadinejad" (en 2005).
Il est vrai que le NIE autorise une telle conclusion en relevant le rôle des pressions internationales sur la volte-face iranienne de 2003 (une année marquée par les premières alarmes à propos du programme nucléaire et l 'entrée en lice des négociateurs européens, mais aussi par l'invasion de l'Irak): "L'Iran pourrait être plus vulnérable à l'influence (étrangère) que nous ne le pensions précédemment", note le rapport. Il n'en reste pas moins que l'administration Bush se serait passée de cette nouvelle évaluation et surtout de sa divulgation, qui visait très probablement deux objectifs : 1- mettre la "comunauté du renseignement" à l'abri d'une répétition du scénario irakien de 2002, qui l'avait obligée à inventer d'inexistantes armes de destruction massive ; 2 - éviter une attaque contre l'Iran, pour laquelle milite aujourd'hui une partie des néoconservateurs américains, mais qui n'a visiblement pas les faveurs d'une majorité au Pentagone.
De fait, une telle attaque est rendue sinon tout à fait exclue par ce rapport, du moins plus difficile à mettre en oeuvre. Comment justifier des bombardements contre une menace nucléaire vaguement envisagée, et encore comme "très improbable", au plus tôt pour la fin 2009 ? De la guerre "préventive", déjà difficilement plaidable, peut-on passer à la guerre contre des "intentions" - pour le moment démenties et de toutes façons invérifiables ? Il est vrai que le vocabulaire de George Bush a évolué en conséquence : plutôt qu'au programme nucléaire proprement dit, il s'en prend à la notion éminemment subjective, et encore moins mesurable, du "savoir" (knowledge) que pourraient acquérir les Iraniens en matière d'armement nucléaire. Pas de quoi convaincre les Russes et les Chinois, qui peuvent tirer argument du même rapport pour estimer que les sanctions actuelles ayant déjà porté leur fruit, il n'est pas besoin de les durcir... Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Moscou a décidé au même moment de livrer de l'uranium enrichi pour la centrale iranienne de Bushehr - une livraison qui était suspendue depuis le début de l'année pour d'obscures raisons.
Dans ces conditions, un scénario évoqué dès septembre dernier par la presse outre-Atlantique pourrait devenir plus probable: celui d'une attaque israélienne contre certains sites nucléaires iraniens, suivie d'un soutien américain actif en cas de représailles contre Tel Aviv. Ehoud Olmert n'a pas caché qu'il n'a "pas besoin d'un rapport des renseignements pour connaître les intentions du régime de Téhéran", et que pour lui rien n'est changé. C'est d'ailleurs ce risque qu'a évoqué le président français Sarkozy, pour qui "le problème n'est pas tant le risque que les Américains se lancent dans une intervention militaire, mais que les Israéliens considèrent que leur sécurité est vraiment menacée". C'est pourquoi, ajoute-t-il, même si "les Américains ne sont pas, là, des va-t-en guerre", "le danger d'une guerre existe".
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