Ce n'est pas un hasard si, parmi les sujets de politique étrangère - d'ailleurs peu nombreux - abordés par George W. Bush dans son dernier discours au Congrès sur "l'état de l'Union", l'Irak a occupé la plus grande place. Car pour lui, "quelque chose de dramatique" s'est produit depuis sa dernière intervention du même genre en janvier 2007 : la rébellion anti-américaine, notamment celle entretenue par Al Qaida, est en quasi déroute dans la plus grande partie du pays. De fait la situation sécuritaire s'est notoirement améliorée, comme l'avaient confirmé quelques jours plus tôt les commandants américains : le nombre des morts civils irakiens a chuté de 75 % en 2007 (notamment à Bagdad, où les attaques et attentats intercommunautaires sont en baisse de 90 %), celui des militaires américains tués a été en décembre dernier le plus bas depuis le début du conflit (23, contre 121 en mai 2007).
Cela dit, l'année 2007 prise dans son ensemble n'en a pas moins été la plus violente de toute la guerre, avec par exemple, pour le seul mois de juin, 6.000 attaques de toutes sortes (200 par jour...), 1700 attentats à l'explosif contre des véhicules (IED) et 896 morts américains au total. On ne fait aujourd'hui que revenir en gros à la situation qui prévalait en 2005, et le progrès ne s'est produit que dans le second semestre, sous l'effet de plusieurs raisons dont deux seulement ont été développées par le président Bush : l'adoption d'une stratégie américaine plus offensive et l'envoi de 20.000 soldats supplémentaires (le "surge") annoncés en janvier 2007 - et effectifs six mois plus tard -, enfin le ralliement de nombreux chefs sunnites et leur engagement contre Al Qaida. Il aurait pu y ajouter la lassitude de la population, les regroupements communautaires - une "purification ethnique" pratiquée de facto - qui ont limité les affrontements, la trève proclamée en août dernier par Moqtada el Sadr et sa milice chiite, la modération observée par la Syrie et même l'Iran, deux pays pratiquement ignorés par le discours présidentiel.
De toutes ces raisons, la principale est sans doute le ralliement d'une bonne partie de la communauté sunnite à l'action contre le terrorisme étranger, représenté par Al Qaida. Mais les explications données à ce sujet sont très différentes. Les militaires américains parlent à ce propos de "citoyens locaux concernés" (CLC), une sorte de police de proximité spontanément créée par des volontaires soucieux de défendre leur environnement immédiat contre les attentats et affrontements. D'autres, les Sunnites et le président Bush lui-même, préfèrent parler de "mouvement du réveil". Et de nombreux observateurs notent que, dans les principales régions sunnites au moins, il s'agit de milices nombreuses, hautement organisées, aux ordres de chefs de tribus toujours fidèles à Saddam Hussein, mais qui, après s'être alliés à Al Qaida contre les Etats-Unis (notamment pendant la bataille de Faloujah), mais outrés par les exactions des jihadistes étranger, ont finalement décidé d'accepter l'aide américaine pour s'en débarasser.
Le fait est que le gouvernement chiite de Bagdad voit d'un mauvais oeil ces quelque 80.000 miliciens qui échappent à son contrôle, sont payés directement par l'armée américaine (10 dollars environ par personne et par jour, 1200 dollars par mois pour les officiers) et pourraient être infiltrés par des terroristes. Le commandement américain promet qu'il veille à leur bon recrutement - y compris parmi les chiites - que les "CLC" ne sont pas armés par lui et qu'un quart de ces miliciens rejoindront sous peu les forces de sécurité irakiennes ; mais cela reste à confirmer. Quand aux chefs du "Réveil", ils n'entendent pas se soumettre au gouvernement de Bagdad, d'autant que la "réconciliation" promise par ce dernier, malgré une loi de "réforme de la débaathisation" par ailleurs ambigue, reste encore largement inachevée. Bref, certains n'hésitent pas à voir dans dans cette situation les germes d'une "nouvelle guerre civile".
Dans l'immédiat en tous cas, le répit offert à George W. Bush lui permet de commencer le rapatriement d'une partie de ses troupes, ce qu'il appelle le "retour sur succès": 20.000 hommes doivent partir au total d'ici à juillet 2008. Mais cela ne fera que ramener les effectifs au niveau qu'ils avaient avant le "surge" d'il y a un an, et le président n'entend pas se lier les mains au delà: il a rejeté un amendement voté par le congrès interdisant le financement de toute base permanente en Irak et se prépare à conclure avec Bagdad, d'ici à l'été, un accord de coopération militaire à long terme qui prendrait le relais du mandat accordé par l'Onu. Les candidats démocrates y voient une tentative de lier les mains de son successeur à la Maison blanche. Mais il est significatif que l'Irak est depuis quelques mois beaucoup moins présent dans la campagne électorale américaine...
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