Chroniques

L'Iran, neuvième puissance spatiale

par Michel TATU, 10 février 2009.

En lançant un satellite de sa fabrication, dit Omid ("espoir"), avec son propre lanceur, une fusée Safir-2, le 2 février dernier, l'Iran a confirmé sa vocation de puissance "militaro-spatiale" et prouvé sa capacité à maintenir ses ambitions malgré les sanctions internationales. Le pays sort ainsi de la catégorie déjà nombreuse des pays ayant des satellites en orbite (43 à ce jour) pour rejoindre le cercle beaucoup plus restreint des Etats disposant de toute la chaîne aéro-spatiale, lanceurs compris : il en devient le neuvième membre, après la Russie, les Etats-Unis, la France, le Japon, le Chine, la Grande Bretagne et Israël.

Il est vrai que ce programme a connu des mécomptes et que Téhéran a souvent montré, comme dans d'autres domaines, une propension à se vanter trop tôt. Dès janvier 2004, son ministre de la défense annonçait que l'Iran serait "le premier pays islamique à pénétrer dans la stratosphère avec son propre système de lancement", et cela... dans les dix-huit mois à venir. En fait, un satellite iranien fut bien lancé en octobre 2005, mais avec une fusée russe Kosmos-3M, tirée de la base russe de Plesetsk. Plus récemment, le 17 août 2008, le directeur de l'agence spatiale iranienne annonçait le lancement "avec succès" d'une fusée Safir-1 à deux étages porteuse d'un satellite commercial. Mais peu après l'information était atténuée pour se transformer en lancement d'un satellite "factice", puis en "simulation" de lancement. En réalité, les services occidentaux avaient bien décelé une mise à feu, mais pas de mise en orbite : à l'évidence, un incident avait obligé à interrompre l'expérience.

Cette fois, le doute n'est plus permis, mais ce n'est que le début d'un long chemin : le satellite lancé le 2 février ne pèse que 27 kg, contre 170 pour celui qu'avaient lancé les Russes il y a trois ans. Quant à la fusée Safir, elle est le prolongement du missile Shahab-3, déjà plusieurs fois testé, mais avec un étage de plus. En tir balistique, il pourrait porter une charge militaire à 2500 km de distance, menaçant Israël (mais ce n'est pas nouveau) et tous ses voisins. Le défi est donc surtout militaire, tant pour l'Etat hébreu que pour la nouvelle administration américaine : celle-ci, par la voix de Barack Obama et de Joe Biden, a assuré vouloir "tendre la main" au monde musulman et notamment à l'Iran, mais elle est toujours décidée à durcir les sanctions contre la poursuite du programme nucléaire de Téhéran.

Pour en savoir plus

    • Lire le communiqué iranien sur le lancement du satellite Omid et la réaction du département d'Etat américain.
    • Les diverses étapes du programme spatial iranien, le lancement d'un satellite par les Russes en 2005, le lancement "simulé " d'août 2008.
    • Le détail des sanctions contre l'Iran.
    • L'interview de Barack Obama a la télévision Alarabiya et le discours de Joe Biden à Munich
    • Une analyse des relations américano-iraniennes.
    • Une étude de Bruno Tertrais (FRS) sur les limites de la dissuasion.
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