Un peu plus d'un mois après sa prise de fonction, Barack Obama a abattu ses cartes sur les deux principaux défis internationaux que le candidat démocrate avait placés au coeur de sa campagne électorale : les conflits hérités de son prédécesseur George W. Bush en Irak et en Afghanistan. Sur l'Irak, le retrait annoncé est un peu moins rapide que ce qui était annoncé (à la demande des chefs militaires, le retrait de toutes les troupes de combat n'aura pas lieu en seize mois comme promis, mais dans dix huit mois, fin août 2010), et il ne sera pas aussi massif que certains l'espéraient : entre 35.000 et 50.000 militaires resteront dans le pays jusqu'en décembre 2011 en tant que "force de transition" destinée à assurer l'entraînement, l'équipement et le conseil des forces de sécurité irakiennes. C'est nettement plus qu'un tiers de l'effectif aujourd'hui présent sur place (142.000).
Cette annonce était en tous cas la plus "facile" à faire : la situation en Irak est considérée comme en progrès depuis deux ans, d'une part en raison des renforts américains dépêchés en janvier 2007 par George Bush (le "surge"), d'autre part et surtout en raison de la stratégie d'alliances lancée quelques mois plus tard par le commandement américain en direction des forces de la rébellion sunnite irakienne, qui ont combattu efficacement les combattants étrangers d'Al Qaida. Depuis lors, les institutions se sont stabilisées, et Barack Obama a eu d'autant moins de difficulté à s'entendre sur le retrait avec le gouvernement de Bagdad que celui-ci avait déjà conclu avec l'administration Bush un accord portant dégagement du contingent américain fin 2011 précisément.
La tâche est et sera plus difficile avec l'Afghanistan. D'abord parce qu'à la différence de la situation irakienne, la situation dans ce pays s'est détériorée constamment pendant les mêmes deux dernières années : tandis que le nombre de morts de la coalition en Irak chutait de près des deux tiers en deux ans, passant de 898 en 2007 à 306 l'année suivante, les morts alliés en Afghanistan sont passés de 225 en 2007 à 289 en 2008. Ensuite parce qu'un troisième pays est fortement impliqué dans ce conflit: le Pakistan, qui sert de base arrière aux taliban et dont le pouvoir dans le Nord est si fortement contesté que le gouvernement d'Islamabad a dû conclure avec les rebelles islamistes un accord de cessez-le-feu laissant à ceux ci toute latitude d'imposer à la population le régime de la Charia. De là à ce que cette région devienne un "nouvel Afghanistan" et voit s'installer des camps où Ben Laden et ses comparses pourront s'entraîner en toute impunité, il n'y a qu'un pas... C'est la raison pour laquelle, tout en envoyant en Afghanistan 17.000 hommes en renfort, Barack Obama a repoussé à la mi-mars la définition d'une nouvelle stratégie pour la gestion de ce conflit. Une stratégie qui devra impliquer fortement le Pakistan, tout en ménageant sa souveraineté, ce qui est loin d'être évident.
D'une manière générale, on peut prévoir que les buts de guerre seront fortement diminués dans les deux cas. Comme le montrent les diverses allocutions prononcées ces jours-ci par les responsables de Washington, il n'est plus question d'instaurer la "démocratie" et les "valeurs occidentales" dans un "Grand Moyen Orient" que George W. Bush voulait façonner à sa manière il y a six ans et plus, ni non plus de privilégier les solutions militaires. Pour l'Afghanistan, le seul but est d'empêcher ce pays de devenir une menace pour la sécurité américaine, comme il l'était avec Ben Laden avant les attentats du 11 septembre, et l'on se retirera dès que ce but aura été atteint, avec ou sans démocratie. Pour l'Irak on se contentera des institutions actuelles, dont on ne cache pas les imperfections, en espérant qu'elles permettront à ce pays de s'insérer dans son environnement régional, Syrie et Iran compris.
Au total, même si Barack Obama veut bien admettre que le départ de Saddam Hussein a été une bonne chose, il se garde bien de crier au triomphe de la démocratie et attribue à cette guerre sa vraie place dans l'histoire : une aventure guerrière mal motivée et mal conduite, qui n'aura fait progresser les intérêts d'aucune puissance: ni ceux des Etats-Unis, ni même ceux de leurs alliés les plus motivés dans l'affaire, les Israéliens, dont la sécurité n'a nullement été améliorée. Le seul bénéficiaire aura été l'Iran, pourvu désormais d'un voisin chiite, mais dont le rôle "constructif" reste encore à établir.
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