135.000 militaires pakistanais engagés au sol dans une offensive visant à chasser du Nord Ouest du pays des militants taliban estimés à 4.000 par Islamabad. L'offensive ardemment réclamée par Washington, notamment au cours d'un sommet réunissant les présidents Zardari (Pakistan), Karzaï (Afghanistan) et Obama à la Maison blanche le 6 mai semble bien lancée. Les combattants islamistes, avec leurs alliés taliban afghans et djihadistes arabes d'Al Qaida, l'avaient provoquée en étendant leur territoire bien au delà des zones tribales, jusqu'au district de Swat et la ville de Buner, à 100 km au nord d'Islamabad ; de surcroit, ils violaient l'accord conclu en février dernier par lequel le gouvernement pakistanais, en acceptant l'imposition des règles de la charia dans la région, avait cru pouvoir acheter la paix.
Mais il est encore bien trop tôt pour juger de l'issue de cette contre-offensive. Outre les graves conséquences pour la population civile (des centaines de morts, des centaines de milliers de réfugiés) qui risquent d'aliéner une population pourtant peu favorable aux excès des taliban, beaucoup d'obstacles subsistent. Sur le plan militaire, l'armée pakistanaise, bien que très supérieure aux forces de police, a été formée et équipée pour un combat frontal avec l'Inde, l'ennemi héréditaire, beaucoup plus que pour affronter une guerilla locale. Ce n'est que récemment que la commandement, toujours sur pression américaine, a accepté de déplacer des effectifs de l'Est du pays vers sa frontière occidentale. Au niveau politique, les liens historiques entre l'ISI, les services de renseignement pakistanais, et les taliban sont de notoriété publique, même si le président Zardari assure qu'ils appartiennent au passé. La relation ambigüe du pays avec l'Afghanistan, qui partage avec lui une frontière de près de 2.500 km, est attestée par le fait qu'il a fallu le sommet de Washington pour reprendre la négociation d'un accord de coopération économique en sommeil depuis... 1966 ! Enfin, après des années d'instabilité, la poursuite des luttes politiciennes à Islamabad a rendu le gouvernement actuel peu populaire après un an de pouvoir.
Au plan international, les relations du Pakistan avec le grand allié américain sont également ambigues. Pendant des années, elles ont été empoisonnées par le problème des F-16, promis par les présidents Bush père et fils mais toujours non livrés (Washington estime que ces appareils ne peuvent être utilisés que contre l'Inde, pas contre les taliban). Aujourd'hui le président Zardari réclame toujours plus d'aide, mais il se refuse non seulement à laisser des troupes américaines opérer sur son sol, mais aussi à communiquer des renseignements trop précis sur son arsenal nucléaire, que l'on sait largement dispersé dans tout le pays : "c'est une question de souveraineté", a-t-il dit à Washington aux responsables américains très inquiets de voir ces armes, ou certains de leurs composants, tomber aux mains des islamistes. D'autant que l'actuel chef d'état-major, le général Kayani, est l'ancien chef de l'ISI... Il est vrai que le président se résoud à tolérer les tirs de drones contre les sites d'Al Qaida dans les zones tribales (16 de ces tirs, souvent meurtriers, ont eu lieu depuis le début de cette année, contre 36 pour toute l'année 2008), et aussi qu'il n'a pas lésiné sur les bonnes paroles pendant son séjour à Washington, affirmant qu'il n'a jamais considéré l'Inde comme une menace et que la trève de février avec les taliban a été décidée par le parlement, contre son gré. Il est vrai que son prédécesseur Pervez Musharaf n'était pas lui non plus avare de promesses...
Barack Obama aura donc fort à faire pour gèrer ses relations avec cet allié difficile. Il souhaite consacrer une part plus importante de l'aide américaine (11 milliards de dollars ont été versés ces dernières années) à des objectifs civils, mais l'offensive actuelle, qui dans le meilleur des cas durera de longues semaines, pourrait l'obliger à revoir ses priorités.
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