Chroniques

Divergences israélo-américaines

par Michel TATU, 20 mai 2009.

La rencontre Obama-Netanyahou du 18 mai à Washington a confirmé qu'une page nouvelle s'est ouverte dans les relations entre Israël et les Etats-Unis. On savait que l'Etat hébreu ne trouverait plus jamais à la Maison blanche un interlocuteur aussi inconditionnel dans son soutien que George W. Bush, l'évangéliste converti au sionisme dans sa version la plus radicale. Mais l'entrée en fonction quasi simultanée dans les deux capitales de deux dirigeants aussi différents - un président démocrate désireux de marquer une rupture sur les principaux dossiers du moment et le chef du gouvernement le plus "droitier" de l'histoire d'Israël - donnait à la rencontre des allures de confrontation.

Certes, l'unité continue de prévaloir sur certains "fondamentaux" : d'une part la perspective "inacceptable" d'un Iran doté de l'arme nucléaire, d'autre part le côté "non négociable", selon les deux parties, de la sécurité d'Israël. Barack Obama a pris soin de préciser que ce dernier pays doit être préservé en tant qu' "Etat juif", malgré les objections palestiniennes, et aussi, dans un entretien accordé quelques jours plus tôt à Newsweek, que c'est à Israël de "décider quels sont ses besoins en matière de sécurité" - une formule qui pourrait justifier à l'avance des opérations analogues à celles menées contre le Liban et Gaza ces dernières années.

Les divergences sont en revanche maintenues et réaffirmées en ce qui concerne la manière d'aborder l'Iran et le lien à établir entre ce problème et la question palestinienne. Pour les Américains, un règlement en Palestine est nécessaire pour permettre un alignement des Arabes contre le programme nucléaire de Téhéran ainsi que pour affaiblir ses alliés du Hezbollah et du Hamas, dont la résistance n'aurait plus de raison d'être. Les Israéliens niaient l'existence de ce lien (ils rappelaient notamment que le même lien avait été mis en avant, en 1990, par Saddam Hussein et son allié Arafat pour en faire un préalable à l'évacuation du Koweit) et souhaitaient fixer un date limite pour la fin des négociations avec l'Iran : "quelques mois", voire trois, disait-on dans la presse israélienne avant la rencontre. Finalement, Benjamin Netanyahou a du accepter "la fin de 1999", comme le souhaitait Obama, qui d'ailleurs ne s'attend pas à ce que tout soit règlé à cette date: simplement, "nous serons alors probablement en mesure de juger si les Iraniens vont dans la bonne direction".

Quant au "procesus de paix" avec la Palestine, il se heurte encore plus qu'auparavant aux mêmes obstacles. D'une part, le Premier ministre israélien a refusé de parler d' "Etat" palestinien comme le faisaient ses prédécesseurs, mais cette nouveauté - due à des problèmes intérieurs liés à ses alliances avec la droite ultra-nationaliste - ne change guère le contexte. Quelle que soit la formule retenue, l'Etat ou l'entité palestinienne devra se contenter d'une souveraineté limitée, renoncer à toute défense et attendre longtemps avant de connaître les frontières de l'Etat dont ils sont invités à reconnaître la légimité. L'initative de paix saoudienne de 2002 pourrait redevenir d'actualité, encore qu'Israël a déjà refusé de l'accepter en l'état ; mais d'autres Etats arabes sont d'ores et déjà invités à se joindre au processus.

Enfin le premier ministre israélien n'a même pas abordé en public le problème des colonies de peuplement, sur lequel son interlocuteur américain a été particulièrement ferme. Rappelons que déjà le président Carter voyait dans ces colonies un "obstacle à la paix" et que, depuis quinze ans que dure le "processus de paix", 100 nouvelles implantations ont été construites pour une population qui est passée de 110.000 à 300.000. Juste avant la visite de Netanyahou à Washington, un nouvel avant-poste a même été créé au nord de la vallée du Jourdain, pour la première fois dans cette région depuis 26 ans. Quoiqu'il en soit, le dossier a été transmis à un "groupe de travail" israélo-américain, comme cela s'est fait à plusieurs reprises dans le passé, sans succès.

Tout dépendra donc du degré et de l'intensité des pressions que la présente administration américaine exercera sur le gouvernement israélien pour faire prévaloir ses vues. Contrairement à une opinion répandue, le cas s'est déjà produit dans le passé, y compris sous la présidence Bush, lorsque certains matériels utiles à une guerre contre l'Iran ont été refusés à Israël. Compte tenu des intenses relations économiques et militaires entre les deux pays, il n'est pas nécessaire de faire connaître la nature de ces pressions, encore moins de parler de sanctions. Un premier indice a été fourni il y a quelques semaines, quand un responsable de second rang du département d'Etat a souhaité que l'Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et... Israël adhèrent au traité de non prolifération nucléaire. Cette déclaration, qui revenait sur un arrangement passé en 1969 visant à passer sous silence l'arsenal nucléaire israélien, a été déclarée "de routine" à Washington, mais ni rectifiée ni démentie... et elle pourrait revenir dans la négociation sur le nucléaire iranien.

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