La récente tournée de Barack Obama au Moyen-Orient et en Europe n'a pas fait oublier un autre front sur lequel s'active la diplomatie américaine et mondiale : celui de la Corée du Nord, qui s'est ranimé à la suite du second essai nucléaire (et le premier depuis 2006) auquel ce pays a procédé le 25 mai - un essai suivi par six tirs de missiles en trois jours, en attendant un autre tir d'engin à longue portée annoncé pour bientôt.
Rien de tout cela n'est vraiment nouveau, la Corée du Nord ayant alterné ces dernières années des cycles de provocation et des périodes de négociation parfois fructueuses : Pyongyang avait même amorcé l'an dernier un démantèlement partiel de ses sites nucléaires. Aujourd'hui, le régime renonce publiquement à tous ses engagements antérieurs et multiplie les communiqués incendiaires, tels que la dénonciation de l'armistice de 1953 et la "reprise de l'état de guerre". Ces menaces n'ont entraîné encore aucune action militaire, mais elles traduisent des changements politiques dans les deux camps. En Corée du nord, le dictateur Kim Jong-il se remet difficilement d'incidents cardiaques qui l'ont immobilisé à plusieurs reprises l'an dernier ; il semble préparer la succession pour le plus jeune de ses trois fils, Kim Jong-un, et aurait besoin pour cela du soutien de l'armée. Au sud, le président installé en février à la tête du pays, Lee Myung-bak, a mis fin à la politique de la main tendue (sunshine policy) pratiquée pendant dix ans par son prédécesseur. Beaucoup plus dur à l'égard de son voisin-adversaire, il vient d'adhérer à l'Initiative de sécurité en matière de prolifération (PSI), un accord mis en place en 2003 pour faire pièce aux trafics d'armes dans la région et qui autorise, en principe, le contrôle des navires suspects.
Un autre facteur nouveau est que Barack Obama rompt ici, une fois de plus, avec la politique de son prédécesseur, mais dans un sens opposé à ce qui se passe, par exemple, dans le cas iranien. Estimant que la politique de concessions pratiquée par George W. Bush n'a donné aucun résultat, il entend cesser de "récompenser la provocation". Non seulement il ne fera aucune nouvelle promesse à Pyongyang, mais il envisage de replacer la Corée du nord dans la liste des Etats responsables du terrorisme, dont elle avait été retirée en octobre dernier. Enfin, le projet de résolution que Washington cherche à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'Onu devrait autoriser l'abordage en mer de navires nord-coréens susceptibles de transporter des armes de destruction massive (matières nucléaires, mais aussi missiles). Une précédente résolution, votée en 2006, permettait déjà de telles mesures d'interdiction, mais "en conformité avec la loi internationale", ce qui explique qu'elle n'ait pas été appliquée en fait.
Car la Chine, qui avait déjà refusé, au côté de l'Inde et du Pakistan, de participer à la PSI, reste prudente. D'un côté, elle s'inquiète de l'armement nucléaire de son ex-protégé nord coréen, qui brise son monopole dans la région et aurait pour effet d'y renforcer la présence américaine, voire d'inciter le Japon à s'affranchir à son tour du tabou nucléaire ; de l'autre, elle redoute une confrontation qui entrainerait la chute du régime de Pyongyang et l'instabilité à sa frontière. Tout le monde semble d'accord pour durcir les sanctions économiques, notamment, comme l'a souligné le secrétaire à la défense Robert Gates, celles qui frappent les dirigeants plutôt que la population. Mais il est vrai que le commerce des armes, seul atout du régime, profite précisément à son armée et à ses dirigeants...
Dans l'immédiat en tous cas, et sauf incident débouchant sur une escalade incontrôlée - mais qui, à lévidence, n'est pas dans l'intérêt de Pyongyang -, la parole est aux seuls diplomates : un incident maritime a été rapporté par la presse de Séoul, mais le navire nord-coréen qui s'était aventuré dans les eaux territoriales du Sud a fait demi-tour après avertissement. A Washington, à la suite de Robert Gates qui avait déclaré n'avoir "aucun plan d'action militaire", le porte parole de la Maison blanche a tourné en dérision les "moulinets de sabre" de la Corée du Nord (y compris son annulation de l'armistice "pour la cinquième fois en quinze ans") qui, a-t-il dit, "ne vaudront pas à ses dirigeants l'attention qu'ils souhaitent". Une manière de dire que tout cela n'est guère pris au sérieux, même si, dit-on, l'Iran suit de très près cette crise et ses retombées possibles pour son propre cas...
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