Malgré les bonnes paroles de rigueur dans ce genre de sommet, les résultats de la première visite à Moscou de Barack Obama en tant que président sont jugés mitigés, tant en Russie qu'aux Etats-Unis : la presse américaine relève qu'un grand nombre des "initiatives" annoncées à cette occasion ne sont pas originales : la promesse d'un monde "débarassé des armes nucléaires" avait déjà été évoquée par Gorbatchev et Reagan lors de leur rencontre à Reykjavik, elle a figuré dans de nombreux discours au temps de la guerre froide et même nourri les réflexions du jeune Obama pendant ses études à l'Université Columbia. De même, les deux parties vont "intensifier le dialogue" pour l'ouverture d'un centre commun de partage des données sur les lancements de missiles à travers le monde. Mais cette idée avait déjà été lancée par Boris Eltsine et Bill Clinton en 1998, puis par ce dernier et Vladimir Poutine en 2000, et à nouveau par Poutine et George W. Bush en 2007... Même la "Commission présidentielle" crée pour coordonner l'ensemble des relations bilatérales fait écho à une commission similaire mise sur pied il y a plusieurs années sous la houlette du vice président américain Gore et du premier ministre russe Tchernomyrdine. Beaucoup de ces initiatives ont été freinées par les crises et tensions successives entre les deux pays, mais aussi par l'inertie des bureaucraties, notamment militaires, dans les deux capitales. Autant dire qu'une partie difficile reste à jouer auprès des législateurs respectifs, notamment auprès du Sénat de Washington, dont l'accord (requis à la majorité des deux tiers) sur le traité d'arrêt complet des essais nucléaires, déjà rejeté en 1999, est loin d'être acquis.
Du côté russe, certains journaux estiment qu'aucune contrepartie significative n'a répondu à la principale concession de Moscou: l'ouverture de l'espace aérien russe au transfert de matériel militaire vers l'Afghanistan. Jusqu'ici, aux termes d'un accord signé en début d'année entre l'Otan et la Russie, seuls les transports de matériel "non létal", et uniquement par voie ferrée, étaient autorisés. Désormais, les Etats-Unis pourront acheminer des armes et procéder annuellement à 4.500 transports aériens au dessus du territoire russe, soit plus de 12 par jour. C'est donc d'un véritable pont aérien qu'il s'agira, d'autant mieux venu pour les militaires américains qu'ils ont perdu en 2005 l'usage de leur base en Ouzbekistan et ont sauvé de justesse celle dont ils disposent encore au Kirguizstan. Washington a d'ailleurs reconnu que ces survols lui permettront d'économiser 133 millions de dollars par an en carburant et autres frais de transport, sans qu'une compensation financière ait été - apparemment - demandée par Moscou.
Le seul succès que l'on enregistre à Moscou a trait au dossier des anti-missiles, dans la mesure où Barack Obama a concédé qu'un lien existe entre les armements offensifs et défensifs, donc que les négociations doivent porter sur les deux volets à la fois - ou parallèlement. Mais le président américain n'a pas renoncé à déployer des stations radar en République tchèque et des missiles intercepteurs en Pologne, comme son prédécesseur l'avait décidé - et pour lesquels des accords ont été signés avec les pays concernés. Simplement, comme il l'a dit au cours d'une conférence de presse, après un "examen complet" actuellement en cours de la faisabilité technique et de l'utilité de ce dispositif, il fera savoir "avant la fin de l'été" son avis sur "la façon dont nous devrions procéder", et qui donnera lieu à "d'intenses (extensive) négociations". Son homologue russe en conclut :"Auparavant, on nous disait que toutes les décisions ont été prises, elles ne vous concernent pas et ne sont pas une menace pour nous... Notre position est qu'elles nous concernent, et nous comprenons que nous devrons nous entendre à ce sujet". Cela dit, ces précisions elles-mêmes bien vagues ne figurent pas dans le très laconique communiqué commun sur le sujet.
Autrement dit, Barack Obama marque une pause, comme il est normal après tout changement d'administration, mais c'est une autre manière de ne pas abattre ses cartes et garder sa liberté d'action. Il en va de même pour l'autre sujet qui fâche, l'extension de l'Otan à la Géorgie et l'Ukraine. Il n'en a pas été question - du moins en public - lors du sommet de Moscou, et le fait nouveau est que la coopération entre militaires des deux pays reprend à un rythme normal (20 échanges et "événements opérationnels" auront lieu d'ici à la fin de l'année, dont un exercice de réponse à un piratage aérien) après la suspension décidée en aout 2008 au lendemain de la guerre de Géorgie. Mais le problème est simplement ajourné, et la visite prochaine du vice-président Joe Biden à Kiev et Tbilissi montre qu'il continuera de se poser. Autant dire que, s'il y a bien, sur la forme comme dans le ton, un "nouveau départ" dans les relations russo-américaines, il ne s'agit toujours que d'un "départ", et qu'il reste encore beaucoup à faire.
Lire aussi le dossier de la FRS sur les relations russo-américaines à la veille du sommet de Moscou.
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