Chroniques

L'autre problème de Barack Obama : l'Afghanistan

par Michel TATU, 28 septembre 2009.

La confrontation en cours avec l'Iran ne doit pas faire oublier l'autre problème auquel s'est attelé Barack Obama : la guerre en Afghanistan. En mars dernier, une des toutes premières décisions du président américain nouvellement intronisé avait été l'annonce d'un renforcement substantiel des forces américaines dans ce pays : au total 21.500 hommes ont été rajoutés depuis cette date au contingent américain, qui a été ainsi porté à 68.000. Il s'agissait d'arrêter l'aggravation de la situation sécuritaire et les échecs de la coalition internationale, mais aussi de signifier que cette guerre était LA guerre du nouveau président, la seule qui aurait du retenir l'attention de l'Amérique au lieu de la coûteuse aventure irakienne.

Or cette estimation pourrait être révisée, en tous cas elle fait l'objet d'un nouvel examen, plus contradictoire que prévu, à Washington. D'un côté se trouve le général McChrystal, nommé en juin dernier à la tête des forces américaines en Afghanistan précisément pour appliquer la nouvelle stratégie, et qui, dans cette optique, demande plusieurs milliers de renforts nouveaux, jusqu'à 40.000 selon certaines indiscrétions. Il s'agit bien d'une stratégie "contre-insurrectionnelle" visant à pacifier le pays, à protéger ses habitants des taliban, autrement dit "reconquérir et tenir" les principales régions. McChrystal reproche à ses prédécesseurs - mais aussi aux autres membres de la coalition sur place - de chercher à protéger leurs soldats plutôt que la population, dont ils se tiennent éloignés "physiquement et psychologiquement", au prix de bavures et dommages collatéraux meurtriers pour les civils. Il critique aussi le système pénitentiaire tant afghan qu'américain, qui, en mélangeant taliban (2.500 militants sont actuellement incarcérés) et petits délinquants (12.000) , facilite le recrutement des seconds par les premiers. Tout en dénonçant la corruption endémique dans l'administration Karzaï, il n'en demande pas moins un accroissement de ses forces de sécurité, qu'il souhaiterait porter jusqu'à 400.000 hommes dans un délai non précisé.

En face de lui, d'autres personnalités émettent des doutes et donnent la préférence à une stratégie plus spécifiquement, voire exclusivement "anti-terroriste". Dirigée contre Al-Qaida beaucoup plus que contre les taliban, elle consisterait à frapper les bases arrières du mouvement terroriste en Afghanistan mais plus encore au Pakistan. Or ses avocats sont des membres très importants de l'administration américaine et de l'establishment washingtonien : le vice-président Joe Biden, qui l'avait défendue, sans succès, dès le mois de mars, l'ancien candidat démocrate à la présidentielle John Kerry, le général Powell, ancien chef d'état-major et secrétaire d'Etat... Ils ont été renforcés dans leur analyse par le spectable peu reluisant de l'élection présidentielle afghane du 20 août, qui a sapé la légitimité du président Karzaï, et aussi par les réticences de plus en plus visibles des alliés européens présents dans la force d'assistance à la sécurité (Isaf), notamment des Anglais, Allemands et Italiens dont les pertes sont en augmentation. Par ailleurs, l'offensive déclenchée par l'armée pakistanaise dans la vallée de Swat montre, malgré ses faiblesses, une nouvelle détermination du gouvernement d'Islamabad, sans parler des frappes américaines menées dans les mêmes régions qui vulnérabilisent les commandants d'Al Qaida.

Cela dit, la concentration des efforts sur les seuls terroristes internationaux et leurs sanctuaires au Pakistan aurait pour effet de rendre le champ libre aux taliban, entrainant probablement le chute du régime Karzaï et le retour à la situation de 2001. Les partisans de la stratégie minimale feront valoir qu' aucune puissance étrangère n'a pu contrôler durablement l'Afghanistan dans l'histoire et qu'une surveillance étroite de ce pays par les moyens modernes pourrait suffire à l'empêcher d'exporter le terrorisme comme le faisait le régime du mollah Omar. Mais il faudrait renoncer à tous les espoirs de libération qu'avait fait naître - y compris chez les Afghans - la campagne éclair d'il y a huit ans.

En un sens, la situation d'aujourd'hui rappelle celle dans laquelle s'était trouvé le lointain prédécesseur de Barack Obama, John F. Kennedy, peu après son accession au pouvoir en 1961, mais en sens inverse. Le jeune président démocrate d'alors avait assumé l'héritage de la guerre du Vietnam, dans laquelle il voyait "la pierre angulaire du monde libre en Asie du Sud-Est". Mais, tout en intensifiant l'envoi de conseillers, il avait refusé d'y engager des troupes combattantes : cela ne fut fait qu'après lui, par Lyndon Johnson. Barack Obama, lui, a choisi dès le début la partcipation au combat. Il est saisi, comme à l'époque du Vietnam, de solutions alternatives, mais c'est à lui de gèrer ce qu'il a appelé une "guerre de nécessité".


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