Chroniques

Afghanistan - Pakistan : l'escalade

par Michel TATU, 5 novembre 2009.

Déception politique en Afghanistan avec la reconduction par défaut d'Ahmid Karzai à la présidence, longue hésitation du président Obama sur la stratégie à suivre, aggravation paroxystique du terrorisme dans le Pakistan voisin, tout indique que le conflit engagé dans la région depuis 2001 a franchi un nouveau degré dans l'escalade, sans que la communauté internationale puisse étaler autre chose que son impuissance, en tous cas jusqu'à présent.

Un élément de clarification a tout de même été apporté. En ouvrant à la mi-octobre une offensive contre le Waziristan sud, l'armée pakistanaise s'en est prise au coeur de la rébellion talibane, le centre qui sert à la fois de refuge aux insurgés venus d'Afghanistan et de base arrière aux militants auteurs d'attentats au Pakistan. Tant la résistance rencontrée par l'armée dans cette région montagneuse que la violence des attentats commis dans de nombreuses villes pakistanaises (plus de 200 morts pour le seul mois d'octobre, dans des attaques visant non plus seulement les centres de pouvoir, mais la population civile) montrent que cette partie des zones tribales est vitale pour la rébellion, qui n'a sans doute guère d'alternative pour se redéployer : même l'opération lancée en mai dans la vallée de Swat, avec pourtant plus d'hommes qu'aujourd'hui (30.000 contre 28.000 au Waziristan) n'avait pas entrainé une telle réaction. L'opération confirme également le lien entre les deux théâtres de ce qui est en fait une même guerre, encore que les préoccupations des protagonistes ne sont pas identiques : au sud Waziristan, l'armée pakistanaise vise exclusivement une branche des taliban dite Tehrik-e-Taliban (TTP), fondée fin 2007 au sein de la tribu des Mehsud, celle qui est responsable de la plupart des attentats au Pakistan - à commencer par l'assassinat de Benazir Bhutto. Elle néglige de ce fait d'autres groupes dits des "bons taliban" - ceux là mêmes qui sont actifs contre les troupes de l'Otan dans l'Afghanistan voisin. Notons à ce propos que les références à Al-Qaida sont de moins en moins opérantes dans cet échiquier régional.

Cela n'arrange pas pour autant les affaires des Etats-Unis, qui ont vécu en octobre le pire mois depuis le début de leur engagement en Afghanistan, avec 56 militaires tués et 282 jusqu'à présent en 2009, contre 155 pour toute l'année 2008. Or le président Obama, tout en renforçant son aide militaire au Pakistan (500 millions de dollars lui auront été consacrés en 2009), n'a pas réussi à aplanir les différends politiques entre Washington et Islamabad : les susceptibilités du Pakistan en matière de souveraineté et les résistances du Congrès américain sur les programmes d'assistance civile et les relations économiques continuent d'empoisonner l'atmosphère, comme l'a montré un échange aigre-doux entre des éditeurs pakistanais et Hillary Clinton lors d'un récent séjour de la secrétaire d'Etat dans le pays. Enfin et surtout, le président Obama n'a pas encore arbitré entre les positions ouvertement divergentes au sein de son administration sur la stratégie à suivre en Afghanistan, ni accepté les demandes de renforts (plus de 40.000 soldats supplémentaires) formulées par le général McKrystal, celui-là même qu'il avait nommé au printemps à la tête du contingent américain pour appliquer sa stratégie de "contre-insurrection". Une décision n'est pas attendue avant la fin du mois et, quelle qu'elle soit, elle ne risque guère de résoudre le problème qu'ont connu tous les Etats engagés à un moment où à un autre en Afghanistan. Ainsi en novembre 1986, le maréchal Akhromeev signalait au Politburo de Gorbatchev que si toutes les offensives menées par son armée étaient couronnées de succès, "dès le lendemain la situation était là même que si il n'y avait pas eu de bataille, les terroristes étant revenus dans le village où nous étions supposés les avoir détruits la veille". Et pourtant l'engagement soviétique était beaucoup plus important que celui des Occidentaux actuellement, et il coûta 15.000 morts à l'armée rouge jusqu'à son retrait en 1989.


Pour en savoir plus

 Consulter l'ensemble des chroniques
 
©2010 FRS