En annonçant le démarrage d'un programme de production d'uranium enrichi à 20 %, l'Iran a lancé un nouveau défi, le plus important depuis de longs mois, à la communauté internationale. Certes, ce taux d'enrichissement est encore très en deça de ce qui est nécessaire à la fabrication d'une arme nucléaire (autour de 90 %), mais le "saut" est plus important qu'il y parait : l'effort et la consommation d'énergie nécessaires pour passer du minerai naturel (qui contient 0,7 % d'uranium) à un combustible nucléaire à 3,5 %, comme c'est le cas aujourd'hui en Iran, sont de loin supérieurs à ce qu'il faut pour passer à 20 %, et, au delà, à la fabrication d'un explosif. En substance, si l'énergie à déployer jusqu'à la bombe est fixée à 100 unités, la première étape (enrichissement à 3 ou 4 %) en absorbe 70, la seconde (jusqu'à 20%) 20, l'étape finale les 10 % restants. Le nombre des centrifugeuses nécessaires pour les dernières étapes va donc en diminuant, ce qui explique que la centrale "secrète" découverte récemment près de Qom n'en prévoyait que 3.000, contre près de 4.000 déjà en opération sur le site de Natanz et plus de 50.000 à terme.
Officiellement, cet uranium enrichi à 20 % est nécessaire pour le réacteur de recherche médicale de Téhéran, autour duquel ont tourné les négociations engagées l'automne dernier. Mais d'une part l'Iran est revenu sur l'accord esquissé le 1er octobre 2009, qui prévoyait l'enrichissement par la Russie, puis la France, de cet uranium. Téhéran se plaint de ce que les puissances occidentales ont prévu de trop longs délais et exige que les échanges de combustibles se fassent sur son sol iranien. D'autre part cet enjeu de la recherche médicale apparait secondaire au regard des problèmes soulevés : l'Iran admet lui-même que ce réacteur de Téhéran consomme par mois 1,5 kg d'uranium enrichi à 20 %, alors que les 164 centrifugeuses spéciales prévues à Natanz en produiront dans le même délai de 3 à 5 kg. D'une manière générale, le régime des mollahs voit de plus en grand en matière nucléaire : début janvier a été annoncé la prochaine construction de 10 nouveaux sites !
Cette nouvelle volte face surprend d'autant plus que le programme iranien semblait avoir été ralenti pendant le second semestre 2009. Les experts américains eux-mêmes admettaient que le nombre de centrifugeuses en action à Natanz avait diminué et qu'elles éprouvaient des difficultés de fonctionnement (dues peut-être au sabotage des pièces détachées livrées par l'étranger, sans parler d'attentats visant des scientifiques iraniens). Le délai avancé pour parvenir à la maîtrise d'une arme avait été porté à 18 mois, voire plus, et cela semblait admis également par les responsables de Tel Aviv, qui avaient remisé provisoirement leur plans d'attaque contre l'Iran. Cela dit, la menace israélienne reste sur la table, elle est même utilisée par les Etats-Unis, qui tentent de convaincre les Chinois qu'ils ont intérêt, pour éviter cette issue, à voter les sanctions en préparation au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. Des sanctions qui viseront en priorité les Gardiens de la révolution, le bras armé du régime et le plus compromis dans les répressions en cours. Mais il est vrai que le dossier nucléaire est aussi, pour les mollahs, un moyen de faire vibrer la fibre patriotique et de neutraliser une opposition qui, sur le problème nucléaire, ne semble guère éloignée du régime.
Pour en savoir plus
Consulter l'ensemble des chroniques