A peine délivré de sa bataille sur le système de santé, le président américain a lancé une vaste offensive sun un programme qui lui tient à coeur depuis longtemps, et dont il avait esquissé les grandes lignes dans un discours prononcé à Prague en avril 2009: le désarmement nucléaire, tout au moins un progrès dans ce sens. Commencée par la publication, le 6 avril, de la Nuclear Posture Review (NPR) - la première du genre depuis 2001-, poursuivie avec le nouveau traité Start, signé symboliquement à Prague le 8 avril et remplaçant - avec quelque retard -, le traité précédent expiré en décembre dernier, la semaine s'est terminée par un sommet sur la sécurité nucléaire réunissant 49 pays à Washington les 12 et 13 avril.
La dernière de ces manifestations a été surtout un succès de prestige pour Barack Obama, qui avait lancé l'idée de ce sommet il y a un an et a réussi à faire venir pour l'occasion les présidents ou chefs de gouvernement de nombreux pays, dont le russe Medvedev, rencontré pour la deuxième fois en quatre jours, le président chinois et les dirigeants de nombreux pays - à l'exception de l'israélien Netanyahou, qui a renoncé au dernier moment à venir de peur de voir des participants dénoncer son programme nucléaire. Sur le fond toutefois, rien de contraignant n'a été décidé et l'on s'est contenté de remettre sur le tapis des voeux ou des programmes déjà connus et pas toujours excécutés : le "programme de travail" annoncé est en fait un catalogue des nombreuses initiatives lancées ces dernières années dans ce domaine, notamment le traité international contre le terrorisme nucléaire (2005), le partenariat global contre la dissémination des armes et matériels de destruction massive, adoptée par le G-8 en 2002, ou encore la Convention sur la protection physique des matériaux nucléaires, le seul texte contraignant, signé en 1980, entré en vigueur en 1987 avec 142 signataires. C'est pourtant ce domaine qui inspire les plus vives inquiétudes : un amendement signé en 2005 n'a été ratifié que par 34 Etats, un tiers de ce qui est nécessaire pour entrer en vigueur. Et le sommet de Washington a précisément attiré l'attention sur la nécessité d'arrêter la production de plutonium et d'uranium enrichi, deux composants essentiels de la bombe atomique. Un délai de quatre ans a même été fixé pour cela, mais là encore il n'est pas contraignant.
Barack Obama n'en a pas moins reçu quelques "cadeaux" de certains pays : l'Ukraine a promis de faire un geste auquel elle se refusait depuis dix ans : se débarasser de ses stocks (quelque 163 kg) d'uranium enrichi, héritage de la période soviétique, et qu'elle tranfèrera probablement à la Russie. Laquelle Russie a promis de fermer son dernier réacteur producteur de plutonium et signé un accord avec les Etats-Unis en vue de liquider des stocks mutuels de 68 tonnes de ce matériel - une quantité suffisante pour fabriquer 17.000 armes. Mais le même accord avait déjà été signé pendant la présidence Clinton il y a dix ans, sans résultat... D'autres "gestes" analogues, portant sur l'uranium enrichi, ont été effectués par le Chili, le Mexique et le Canada, mais rien n'est venu de la Chine, du Pakistan ou de l'Inde, qui estiment avoir besoin de ces matériaux pour leurs programmes nucléaires en progression. Sans parler de la Corée du Nord et de l'Iran, plus réfractaires que jamais à tout accord. Ce dernier pays a au contraire annoncé la construction de nouvelles centrifugeuses, ainsi qu'un redoublement de sa propagande : une conférence sur le thème "l'énergie nucléaire pour tous, des armes nucléaires pour personne" se tient en ce moment même à Téhéran avec , indique un journal local, "plus de 70 pays représentés, dont 14 ministres des affaires étrangères" : la liste n'est pas connue, mais il s'agit surtout de dépasser les 49 pays réunis à Washington... Et aussi de devancer la conférence d'examen du TNP prévue le mois prochain à New York, ainsi qu'une probable réunion du Conseil de sécurité pour décider de nouvelles sanctions.
Si donc la "semaine nucléaire" de Barack Obama n'est pas terminée, il convient de saluer les progrès pas toujours spectaculaires, parfois symboliques, mais tout de même significatifs accomplis par Barack Obama dans ce domaine. Sans aller jusqu'à renoncer au premier emploi de l'arme nucléaire, la nouvelle doctrine réduit encore plus son rôle en la réservant pour des cas tout à fait exceptionnels : même une attaque biologique ou massive par des armes chimiques entrainerait une "riposte dévastatrice", mais tout de même conventionnelle... Aucune arme atomique ne sera ajoutée à l'arsenal, alors que l'administration Bush envisageait de déployer, entre autres, de nouvelles bombes anti-bunker. Alors que les accords conclus avec la Russie depuis la guerre froide prévoyaient des nombres un peu supérieurs pour les Etats-Unis, le nouveau traité Start revient à une parité sans doute artificielle, mais plus flatteuse pour Moscou. Par ailleurs, si l'accord Start continue de compter comme un seul lanceur le bombardier stratégique équipé de plusieurs charges, la NPR prévoit de "démirver" les lanceurs terrestres ICBM, qui n'auront plus à terme qu'une seule tête: même si cela ne s'applique pas (pas encore ?) aux lanceurs sous-marins (SLBM), il faut se souvenir que l'apparition des lanceurs à tête multiple (MIRV) avait été un important facteur de prolifération "verticale" à partir des années 70. Enfin, on apprend que tous les lanceurs stratégiques américains ont été "détargetés", autrement dit non affectés a priori à une cible précise : en temps normal, et si un lancement accidentel ou non autorisé devait avoir lieu, l'ogive tomberait "au milieu de l'océan". Autant de petits gestes qui ne changent pas la réalité profonde, mais témoignent du nouveau climat de l'après guerre froide.
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