Chroniques

Impasse en Afghanistan

par Michel TATU, 12 juillet 2010 .

On parlait ces derniers temps d'"enlisement" à propos de la guerre d'Afghanistan, compte tenu du manque de progrès constaté malgré les espoirs enregistrés avec l'arrivée au pouvoir de Barack Obama et l'envoi de quelque 30.000 militaires américains en renfort. Aujourd'hui on n'hésite plus à parler d'"impasse", tant il est clair que la solution de ce long conflit (bientôt dix ans, la plus longue guerre menée par les Etats-Unis après celle du Vietnam) n'a pas encore été trouvée.

Le président américain a néanmoins tenu une partie de ses promesses : hostile depuis toujours à la guerre en Irak, il a renversé les priorités de son prédécesseur et mis l'accent sur la seule guerre héritée du passé qu'il entendait assumer pleinement. Depuis peu, le contingent américain en Afghanistan (94.000 hommes) dépasse celui d'Irak (92.000), qui d'aillleurs ne participera plus aux combats à partir de la fin août. Même si ce dernier pays, déchiré par des attentats meurtriers et sans gouvernement depuis les élections tenues il y a plusieurs mois, est encore loin de la paix, l'écart ira donc croissant. Les pertes sont à l'avenant, réduites à presque rien en Irak alors qu'elles ont atteint pour le seul mois de juin 2010 le chiffre de 102 militaires américains tués, le double du mois précédent et le plus élevé depuis le début de la guerre en 2001.

Le limogeage du commandant américain en Afghanistan, le général McChrystal, reflète surtout les inévitables accrochages qui surviennent entre autorités tant civiles que militaires dans tous les conflits peu populaires et difficiles, beaucoup plus en tous cas que des divergences sur la stratégie à suivre. D'abord parce que le nouveau commandant, le général Petraeus, était le supérieur direct du général McChrystal et a approuvé cette stratégie, réaffirmée par le président :lui-même: il s'agit de combiner les moyens militaires et civils, d'encourager la prise en charge par les Afghans de l'autorité sécuritaire et civile, de manière à permettre aux troupes internationales de se désengager, à partir de l'été 2011 si possible. L'ennui est que la formation de l'armée afghane, et surtout des forces de police, est encore très insuffisante pour permettre d'atteindre ces objectifs, lesquels ne vont d'ailleurs pas sans contradictions. Ainsi la fixation d'une échéance - même atténuée - pour un début de retrait d'ici un an encourage les talibans à renforcer leurs positions et décourage, au contraire, les notables et la population de collaborer avec des occupants qui affirment ne pas vouloir rester. Tout cela a été confirmé par l'échec, ou au moins l'enlisement, de l'opération déclenchée en février dans la province du Helmand : les talibans chassés de la ville de Marja n'ont pas tardé à revenir sur place et à multiplier les attentats ciblés contre toute personne susceptible de coopérer avec les autorités. Du coup, la poursuite de l'offensive en direction de Kandahar, la grande ville du sud, a été retardée jusqu'à l'automne, avec de nouvelles incertitudes sur son ampleur.

Une autre contradiction est apparue sur le plan tactique : les restrictions apportées par le général McChrystal à l'intervention de forces lourdes (avions, artillerie) contre les insurgés à entraîné une augmentation des pertes dans les forces alliées, et conduit le général Petraeus a alléger en partie ces restrictions. Mais du coup les "bavures" se font plus nombreuses contre les civils, voire contre les combattants gouvernementaux afghans, ce qui risque de détacher la population des Américains et de leurs alliés.

Ajoutons à cela les relations difficiles entre la coalition et le président Karzaï, qui a soutenu bruyamment son "ami" le général McChrystal et n'hésite plus à critiquer l'administration Obama. Et aussi le rôle ambigu du Pakistan, qui, tout en abritant sur son territoire des contingents talibans de plus en plus nombreux, n'a pas répété cette année ses opérations de l'an dernier contre leurs fiefs et prétend même participer à des pourparlers de paix entre le président Karzaï et une partie des rebelles.

Dans ces conditions, il est possible que l'on s'oriente vers une nouvelle révision de la stratégie, dans le sens d'une intervention a minima préconisée par le vice-président Biden : combats menés prioritairement, sinon exclusivement, contre les rebelles ouvertement liés à Al-Qaida, réduction des forces internationales sur le terrain. On en saura plus en décembre prochain, date pévue pour un réexamen de la stratégie du "surge"


Pour en savoir plus

  • Lire un entretien avec Ahmed Wali Karzaï , demi-frère du président Karzai et président de la région de Kandahar, ainsi qu'un reportage dans cette ville.
  • Le reportage sur le général McChrystal paru dans le magazine Rolling Stones, et des explications sur ce texte.
  • La déclaration de Barack Obama sur le limogeage du général et les commentaires des responsables du Pentagone .
  • La réaction du président Karzaï .
  • Un état des pertes alliées en Afghanistan depuis le début de la guerre
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