Chroniques

Chronique du 24 septembre 1999

Mission à risque pour l'Interfet au Timor

La force internationale au Timor (Interfet) se met en place avec une lenteur qui fait déjà l'objet de critiques. Entre deux et trois mille hommes sont arrivés sur le territoire en une semaine, soit beaucoup moins que la moitié des 7.000 soldats attendus. En fait, le problème eut été encore plus considérable si l'interfet avait été une force proprement onusienne, comme l'avait été la Forpronu en Bosnie, constituée après de longues tractations par le secrétaire général et sous son commandement. Cette pratique semble  abandonnée puisque l'interfet reproduit pratiquement l'expérience de la Kfor au Kosovo: l'ONU approuve ou autorise la constitution d'une force (après l'action dans ce dernier cas, avant en ce qui concerne le Timor) mais en fait "sous-traite" sa mission de maintien de la paix à un ou plusieurs de ses membres qui en prennent l'initiative et le commandement: les pays de l'OTAN au Kosovo, l'Australie au Timor, chaque contingent intervenant sous ses propres couleurs et sans "casques bleus".

Une autre différence est que ces forces dites "multinationales" sont financées directement par les pays qui y contribuent et non par les Nations Unies. Celles-ci ne retrouvent tout leur rôle que dans les missions civiles (la Minuk au Kosovo, la Minamet au Timor oriental) chargées de "gèrer la paix" une fois celle-ci rétablie par les militaires. Cette nouvelle formule est appelée à durer aussi longtemps que l'ONU ne disposera pas de troupes et d'un commandement militaire à part entière, c'est-à-dire pendant de très longues années.

La grande différence entre les deux opérations est que la Kfor et la Minuk dominent totalement le terrain au Kosovo, alors que l'interfet doit composer avec l'armée indonésienne, protectrice et parfois même complice des milices meutrières qu'elle a pour mission de neutraliser.  Une autre grande inconnue est la cohésion du pouvoir à Djakarta. Le général Wiranto, chef des forces armées, apparait comme le véritable homme fort du pays, surtout après le vote d'une loi très contestée qui renforce les pouvoirs des militaires. Or le général a de puissants rivaux qui continueront de s'opposer à l'indépendance de l'ancienne colonie portugaise. La crise du Timor a en effet durci d'autres conflits de type ethnique et religieux qui divisent l'immense archipel.

Lire le commentaire de Thierry Tardy : Timor n'est pas le Kosovo

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L' intervention  au Timor Oriental est-elle justifiée? Y a-t-il des différences avec le problème du Kosovo et lesquelles ? Les contributions les plus intéressantes sont affichées dans le forum.


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Escalade militaire dans le Caucase



Les nouvelles incursions de combattants islamistes au Daghestan allant de pair avec une vague d'attentats sans précédent à Moscou et dans plusieurs villes de Russie ont conduit à une escalade militaire dans le Caucase qui pourrait déboucher sur une reprise à grande échelle de la guerre en Tchétchénie. Après plusieurs villages frontaliers du Daghestan, la capitale Grozny a été bombardée par l'aviation russe, tandis que des effectifs estimés à près de 30.000 hommes ont été déployés sur tout le pourtour de la république sécessionniste. Moscou se proclame décidé à exterminer le terrorisme sous toutes ses formes mais semble hésiter sur la tactique à suivre. Le souvenir de la guerre perdue de 1994-1996 hante toujours les esprits et une attaque menée au sol contre la Tchétchénie, région éthniquement homogène, serait beaucoup plus difficile à mener que les opérations conduites avec un relatif succès au Daghestan, où la population était en majorité favorable à la cause russe.

D'un autre côté, les dirigeants russes peuvent vouloir profiter de la vague d'indignation suscitée dans tout le pays par les attentats pour tenter de porter un coup décisif à l'islamisme, qui se profile de plus en plus comme l'ennemi numéro de la Russie et de son ancien empire, du Caucase à l'Asie centrale. Depuis le souvenir de la croisade russe contre les Tatares et de la conquête du Caucase par les tsars jusqu'à la guerre actuelle en Tchétchénie en passant par celle d'Afghanistan, les motifs ne manquent pas pour désigner la Russie, plus encore que l'Amérique, comme la cible privilégiée d'un jihad...

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L'islamisme radical a-t-il un avenir dans l'ancienne Union Soviétique ? Les contributions les plus intéressantes sont affichées dans le forum>.


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Après la guerre des Balkans: l'heure des bilans



Alors que l'ONU et son représentant spécial Bernard Kouchner s'attellent difficlement à leur mission de remise en ordre et de reconstruction du Kosovo, l'heure est au bilan dans les gouvernements, les états-majors et parmi les chercheurs des divers pays engagés dans l'opération "Force alliée".  Tous s'accordent pour penser que cette première guerre à "zéro mort" dans le camp des vainqueurs, sans aucun contact direct entre ennemis et menée à un degré relativement faible d'intensité par la seule force aérienne fera date dans l'histoire militaire. Mais la plupart des observateurs admettent aussi que le résultat final a été acquis grâce à d'autres facteurs que le tout aérien et que sa valeur de précédent reste limitée et contestable.

Plus concrètement, il est reconnu, y compris du côté américain, que la révolution dans les affaires militaires n'est pas terminée et que de sérieux problèmes restent à résoudre, en particulier pour l'emploi des armes de précision par mauvais temps et dans des conditions de faible visibilité. Voir à ce sujet l'analyse d'Anthony Cordesman qui conclut par ailleurs, dans un rapport pour le CSIS, que les Etats-Unis devront laisser davantage de responsabilités aux Européens, quitte à se résigner à coordonner leur action avec des forces de niveau technologique "bas ou moyen". Le meme auteur n'en estime pas moins que Washington doit se préparer à mener non pas deux, mais trois opérations militaires d'envergure pour faire face à autant de crises régionales simultanément.

Du côté français,  deux rapports présentés respectivement au Sénat par M. de Villepin et à l'Assemblée nationale par le député Jean-Michel Boucheron notent que, de tous les pays européens,  la France a fourni la contribution la plus importante, assez loin devant la Grande Bretagne, en particulier dans certains domaines. Pour un total de 3.603 sorties aériennes (10,8 % du total), la participation française a été de 12,8 % pour les missions offensives, mais de 21,8 % pour les missions de transport et de soutien et de 20,2 % pour les missions de reconnaissance. Les pertes ont été réduites (trois drones et un véhicule), ce qui explique le coût relativement faible de l'opération: 1,3 milliard de francs au total - à quoi devrait s'ajouter 900 millions de F estimés pour la participation à la KFOR d'ici à la fin 1999 - soit nettement moins que pour la guerre du Golfe.

Les mêmes rapports relèvent certains points forts (en particulier le bien-fondé de la professionnalisation des armées et de l'abandon de la conscription)  et plusieurs insuffisances: d'une part l'impossibilité du bombardement de précision par tous temps, ce qui confirme la nécessité d'un système d'arme équivalent au JDAM américain: cest le programme d'armement air-sol modulaire (AASM), mais celui-ci ne sera opérationnel qu'après 2004; d'autre part l'absence de missiles de croisière et l'insuffisance du stock de munitions. Le rapport Boucheron révèle à cet égard que 1250 bombes MK 82 livrées à la France par le fabricant américain Raytheon étaient fissurées et n'ont pu être utilisées par la Marine nationale.

Il faut aussi mentionner les conclusions que tirent de la guerre du Kosovo certains pays du Caucase. A l'inverse de la position russe, ces pays souhaitent voir l'OTAN jouer un rôle dans leur région pour mettre fin à ce qu'ils considérent comme une épuration ethnique: exode des populations azeris de la zone conquise par les Arméniens en 1994, exode des Géorgiens victimes du séparatisme en Abkhazie notamment.

Lire le commentaire de François Géré : Un second système otanien verra-t-il le jour ?

Voir aussi :

Pour en savoir plus

  • Lire le rapport Villepin présenté au Sénat sur le bilan de l'opération "Force Alliée" et le rapport Boucheron sur son coût financier.
  • Le rapport d'Anthony Cordesman pour le CSIS.
  • La déposition de William Cohen devant le Sénat américain le 20 juillet.
  • Les réactions dans les pays du Caucase.

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Quelles conclusions peut-on tirer de la guerre au Kosovo? Celle-ci peut-elle servir de précédent pour l'avenir ? Les contributions les plus intéressantes sont affichées dans le forum.



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