Colloques et autres manifestations



FRANÇOIS HEISBOURG
et LA FONDATION POUR LA RECHERCHE STRATEGIQUE


ont organisé une journée d'études

" APRES LES ATTENTATS :
L'ORGANISATION DE LA RIPOSTE "


le VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2001
dans les locaux de la Maison de la Chimie,
28 rue Saint-Dominique, 75007 Paris


Programme

10 h 45 Accueil des participants

11 h 00 " La nature de l'adversaire " :
  • Al Qaeda et ses soutiens
    Jean-François Daguzan (Maître de recherche, FRS)
    et Jean-Luc Marret (Chargé de recherche, FRS)
12 h 30 Buffet

14 h 00 " Les conditions politiques de la riposte " :
  • Les Etats-Unis et les alliés
    François Heisbourg (Directeur, FRS)
  • La Russie et le groupe de Shanghai
    Isabelle Facon (Chargée de recherche, FRS)
15 h 30 " Les conditions militaires de la riposte " :
  • Les moyens américains et alliés
    Yves Boyer (Directeur adjoint, FRS)
  • Contraintes et options
    Bruno Tertrais (Maître de recherche, FRS)


Compte rendu
Par Natalia Touzovskaïa, stagiaire à la FRS dans le cadre du Master Sciences-Po /MGIMO.


Après avoir posé la réflexion sur la riposte potentielle des Etats-Unis aux attentats comme problématique générale de la journée d'études, M. François Heisbourg, Directeur de la FRS, précise les pistes essentielles de cette réflexion. Il explique d'abord qu'à court terme l'objectif est de prévenir toute possibilité d'une répétition de la tragédie américaine. Puis il s'interroge sur les perspectives de la coopération internationale en constatant à cet égard qu'une riposte adéquate à la menace terroriste globale ne peut se produire sans implication effective de l'ensemble de la communauté internationale. Enfin, il s'intéresse à l'avenir des alliances, en particulier l'OTAN et l'UE, dont la solidarité est mise à l'épreuve à l'heure actuelle.

M. Heisbourg propose d'analyser en premier lieu la nature de l'ennemi.


Jean-François Daguzan : La nature de l'adversaire.

M. Daguzan parle en premier lieu des effets produits sur l'état des relations internationales par les attentats du 11 septembre. Il estime que leur organisation stratégique, financière et logistique permet de parler d'un acte de guerre et d'une scission stratégique d'une portée exceptionnelle.

Il cherche en second lieu à définir les termes qu'il faut prendre en compte pour caractériser ce qui vient de se produire, notamment " la guerre " et " le terrorisme ". D'après lui, ces deux notions ne sont plus valables pour définir les actes du 11 septembre, comme il s'agit de la nature des actes, de la stratégie et des moyens utilisés par les terroristes qui sont nouveaux et, donc, importants à comprendre. La notion " d'hyperterrorisme " peut y contribuer.

Pour ce qui est nouveau dans la nature de l'ennemi, M. Daguzan insiste que pour la première fois les Etats font face à une menace indéfinie. Quant à la stratégie des terroristes, M. Daguzan souligne qu'ils attachent un intérêt particulier aux effets médiatiques produits par leurs actions. Ils visent également à tuer le maximum de gens, ce qui est aussi nouveau. En attaquant des symboles du monde occidental tels que le Pentagone et le World Trade Center (symboles stratégiques et financiers américains), ils parviennent à diffuser leurs revendications à l'échelle globale. Si auparavant le terrorisme était une sorte de dialogue entre les terroristes et les Etats, aujourd'hui ce dialogue n'existe plus. Aussi est-il possible de parler d'un acte de guerre.

L'autre facteur nouveau dans la nature du rival se manifeste sur le plan sociologique. Le statut des terroristes, leur formation sont de très haut niveau aujourd'hui. Ce sont des gens recrutés dans les facultés scientifiques, capables de s'insérer dans le Monde de l'Ouest, tout en suivant impitoyablement leur logique du combat contre la société occidentale. Une préparation spéciale les dirige vers un cheminement intellectuel permettant d'aller au terme de leur logique et, au bout du compte, d'accepter la mort volontaire.

Par ailleurs, d'autres facteurs doivent être pris en compte tels que la mondialisation financière et le monde Internet qui contribuent au positionnement des réseaux non-gouvernementaux au niveau mondial.

Ainsi, résume J.-F. Daguzan, s'il s'agissait auparavant d'actes simples avec un impact restreint, on fait face actuellement à une sophistication intellectuelle et matérielle des actes terroristes. C'est pourquoi des hypothèses, à terme, d'attentats nucléaires, chimiques et biologiques ne peuvent pas être exclues. En même temps, les attentats du 11 septembre ont déjà provoqué une déstabilisation des relations internationales.


Jean-Luc Marret : La nature de l'adversaire.

M. Marret observe de plus près le mouvement néofondamentaliste en se concentrant sur l'organisation de Ben Laden, Al Qaida. Il procède d'abord à la comparaison entre les actes terroristes classiques et ceux commis le 11 septembre. Si l'emploi d'armes, la participation de pilotes kamikazes et la coordination des avions s'avèrent des traits typiques, un nombre de victimes de cette ampleur constitue un phénomène nouveau. Compte tenu du changement dans les pratiques terroristes, J.-L. Marret met en garde contre la possibilité d'emploi d'armes et des dégâts massifs.

Un autre trait particulier des attentats du 11 septembre, d'après J.-L. Marret, est le fait qu'ils soient devenus une grande opération de relations publiques. En effet, la mise en oeuvre même des actes terroristes était perçue non seulement comme une opération entraînant un choc psychologique et provocant la scandalisation, mais aussi comme un acte susceptible de faire basculer les gens exaltés vers l'extrémisme islamique.

Toutes ces particularités renvoient J.-L. Marret à une réflexion sur l'organisation de Ben Laden, Al Qaida, son fonctionnement et ses sources de financement. Il la définit comme un club informel et un réseau transnational réunissant 3 à 5 000 hommes, qui auraient été recrutés chez les Taliban issus de familles aisées, diplômés et formés en Europe.

D'après J.-L. Marret, Al Qaida est organisée selon le principe d'un parti politique. En même temps elle reste une organisation classique dans les milieux islamistes. Elle dispose d'une hiérarchie stricte, mais a des structures organisationnelles souples. Ben Laden, placé au sommet, ne détient pas le monopole de la prise de décision, son proche entourage, composé des chefs de différents groupes, participent également à ce processus. D'où le fait que le problème de concurrence interne et de lutte pour la succession est toujours pertinent. Aussi, estime J.-L. Marret, Al Qaida pourrait-elle exister sans Ben Laden, bien que son charisme et ses moyens financiers représentent des avantages considérables.

Les pratiques opérationnelles de l'organisation ne sont pas nettement fixées. Cependant, à partir des actes terroristes précédents de 1993 au World Trade Center et à Nairobi, J.-L. Marret expose la division du travail au sein de cette organisation, à savoir : un groupe de surveillance, un groupe de logistique et un " groupe d'action " aux attentats.

Pour ce qui est de la zone géographique d'activités d'Al Qaida, elle s'étend des Philippines aux pays maghrébins, de la Somalie et du Soudan jusqu'à certaines républiques ex-soviétiques.

Cet organisme terroriste est financé par certaines ONG islamistes, par des banques islamistes. De même, une grande partie des moyens proviendrait du zakat (les dons obligatoires des Musulmans d'après le Coran).

En conclusion, J.-L. Marret revient sur les causes profondes du fondamentalisme terroriste en précisant qu'elles remontent à l'époque de la Guerre froide quand les pays occidentaux ont soutenu les Taliban pendant la guerre contre l'URSS, tandis qu'aujourd'hui, la présence sur la scène internationale des Etats islamisés tels que le Soudan et le Pakistan renforce l'islam et les mouvements néofondamentalistes.

Pour mettre fin à la première partie de la discussion, F. Heisbourg en rappelle les points essentiels. Il précise que les cibles choisies par les terroristes représentent à la fois des symboles et des intérêts vitaux de la puissance américaine. Il met ensuite en garde contre un risque d'emploi d'armes de destruction massive. Enfin, il attire l'attention sur la responsabilité des pays occidentaux dans le domaine de la prolifération des armements et en termes de sécurité au sens large, notamment pour ce qui concerne la sécurité bancaire. Bien qu'il existe certaines contradictions entre la sécurité et la liberté des personnes, souligne F. Heisbourg, il sera nécessaire de trouver l'équilibre optimal entre elles pour éviter une redite des actes terroristes du 11 septembre.

La deuxième partie de la discussion est engagée par l'intervention de F. Heisbourg, portant sur la relation entre les Etats-Unis et leurs alliés. Dans un premier temps, F. Heisbourg s'interroge sur les buts de la guerre, qui peuvent être plus ou moins larges. Si le premier but de guerre, à savoir neutraliser Ben Laden, son organisation et ses soutiens (Taliban) est évidente et acceptée par les alliés, d'autres, plus larges, notamment ceux qui visent à un " règlement de comptes " avec l'Irak, ne sont pas fédérateurs.

Ensuite, F. Heisbourg procède à l'analyse des scénarios militaires, en se concentrant sur leurs aspects politiques. Le premier modèle examiné se rapproche de la guerre du Golfe (une action américaine avec consultation des pays engagés). Le deuxième scénario prévoit que les Etats-Unis agissent seuls et leurs alliés se limitent à la manifestation symbolique de leur solidarité. Enfin, si une opération du type Kosovo ne peut être totalement exclue, cette expérience a été mal vécue par les Etats-Unis.

En conclusion, F. Heisbourg observe que la perspective d'une coalition principalement non militaire et d'une coopération dans le domaine financier semble la plus probable, alors que le cadre et les modalités de la mise en place de ce processus restent encore à préciser.


Isabelle Facon : La Russie et le groupe de Shanghai.

Melle Facon s'intéresse pour sa part à la Russie et au groupe de Shanghai suite aux événements du 11 septembre. Elle commence son intervention par l'analyse des réactions en Russie provoquées par les attaques terroristes et constate le soutien de l'opinion et des élites russes exprimé au peuple américain. L'opinion est en état de choc, se rappelant le traumatisme des attentats des années 1999-2000 en Russie même, et s'inquiétant sur le sort d'une centaine de Russes disparus à New York. En même temps, les autorités procèdent à une réflexion sur la façon de positionner leur pays sur la scène internationale suite aux attentats pour en tirer le maximum de dividendes politiques.

Afin de mieux comprendre le comportement actuel de la Russie, marqué par une très forte activité diplomatique, I. Facon procède à l'examen des grandes lignes de la politique extérieure russe au cours des dernières années et analyse leur influence sur la réaction du Kremlin aux attentats. Attachée au thème de la multipolarité, Moscou insiste systématiquement sur l'intérêt de la coopération multilatérale dans le cadre du droit international, une référence évidente de ce que la Russie dénonce comme la " tendance unilatéraliste " des Etats-Unis. D'où les appels répétés à la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme, présenté par V. Poutine comme " l'ennemi commun ", appel dont la crédibilité au cours des dernières années a été mise en cause par la guerre en Tchétchénie, menée précisément au nom du combat contre le terrorisme.

Dans ce contexte, la politique russe au sein du groupe de Shanghai, créé en 1996 et qui regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l'Ouzbékistan, traduit selon I. Facon des préoccupations sécuritaires et politiques russes sensibles dans le cadre des événements consécutifs au 11 septembre. En effet, le Groupe de Shanghai soutient la politique de multilatéralisme et constitue un cadre permanent pour mettre en valeur le partenariat stratégique avec la Chine, un des symboles forts de la quête de la multipolarité de la Russie. Il donne aussi, aux yeux de Moscou, la possibilité d'atténuer la présence américaine dans la région d'Asie centrale en resserrant les liens entre la Russie et les pays de cette zone. En même temps, au sein du groupe, la Russie cherche à réduire les instabilités qui se développent en Asie centrale et qu'elle considère menaçantes pour sa propre sécurité nationale. Le groupe est aujourd'hui d'actualité dans la mesure où il a recentré depuis 1998-1999 son action autour de la lutte antiterroriste.

Pourtant, indique I. Facon, il y a un certain nombre de faiblesses internes qui empêchent le Groupe de Shanghai de devenir un acteur fort à l'heure actuelle malgré les acquis positifs en matière de règlement des différends territoriaux. Les ambitions des Etats membres, souvent contradictoires, leurs projets régionaux respectifs, notamment les ambiguïtés dans les relations russo-chinoises, laissent ouverte la question de l'efficacité de la coopération au sein du groupe. Aussi, est-il possible de dire qu'à la faveur des attentats aux Etats-Unis, l'Organisation de Shanghai pourrait aussi bien éclater que se consolider.

Ensuite, I. Facon s'interroge sur les modalités du soutien éventuel que la Russie pourrait apporter à la riposte américaine aux attentats du 11 septembre. A ce sujet, elle commence par l'explication des causes qui amènent les élites russes au consensus sur la nécessité du soutien aux efforts des pays occidentaux. Ceci, d'après I. Facon, donnera l'occasion de rehausser le prestige international du pays, tout en levant ou atténuant un certain nombre d'obstacles dans les relations avec l'Occident, en premier lieu la Tchétchénie. Le soutien, en outre, apportera des " arguments " pour " négocier " dans les futures relations avec les Etats-Unis. Pourtant, au fur et à mesure que la riposte américaine se met en place, les tensions s'accroissent au sein des élites russes, qui s'inquiètent des effets négatifs que cette riposte, selon la forme qu'elle prendra, pourrait avoir pour les intérêts de sécurité et politiques du pays.

Pour ce qui est des modalités de la contribution russe à la riposte éventuelle, I. Facon en évoque plusieurs variantes, en partant de la plus probable, c'est-à-dire l'intensification de la coopération en matière de renseignement, déjà en voie de réalisation. Le renseignement russe sur les groupes islamistes dans la région d'Asie centrale, sur les Taliban et sur l'Afghanistan, compte tenu de l'expérience de la " guerre afghane " des Soviétiques, intéresse les Etats-Unis. Elle souligne également l'acquis positif du travail du " groupe 6+2 " rassemblant les Etats frontaliers de l'Afghanistan, la Russie et les Etats-Unis. Le partenariat entre la Russie et les Etats-Unis en matière de lutte anti-terroriste pourrait donc enfin prendre réellement corps, alors que jusqu'à présent il a été miné par les ambiguïtés perçues de part et d'autre.

I. Facon poursuit son analyse des modalités de la possible contribution russe à la riposte en examinant la possibilité du soutien opérationnel des pays de l'Asie centrale à celle-ci. Elle estime qu'il est peu probable que Moscou sera contournée pour les décisions à ce sujet, les républiques restant dépendantes du Kremlin et les Américains ayant besoin du soutien russe. C'est pourquoi les consultations avec les Russes seraient inévitables. En se montrant " conciliante ", la Russie espère sans doute obtenir des concessions sur un certain nombre de dossiers sensibles dans les relations avec les Etats-Unis, tels que la défense anti-missiles, le Proche-Orient, la reconnaissance de son rôle spécifique dans l'espace ex-soviétique…

Cependant, I. Facon énumère les contraintes qu'un soutien politique fort à la riposte risque de lui imposer : contradiction avec son discours sur son opposition aux ingérences extérieures dans les pays souverains, risque de voir les Américains élire " résidence permanente " dans la région d'Asie centrale, la déstabilisation potentielle de cette zone déjà tendue et déstabilisation éventuelle en Russie même dans les régions à forte population musulmane, ainsi que mise en question de l'avenir des alliances et partenariats de la Russie dans le monde arabo-musulman.

Une hypothèse encore moins probable, estime I. Facon, est la participation russe à une éventuelle opération militaire, surtout si elle devait comporter une dimension terrestre. L'enlisement en Afghanistan, deux guerres en Tchétchénie ainsi que dix années de crise budgétaire ont affaibli l'appareil militaire et ont traumatisé l'opinion publique. De plus, les militaires russes se montrent réticents à l'idée d'aider à un effort militaire américain.

Pour conclure, I. Facon souligne qu'aujourd'hui la Russie se trouve face à un véritable choix stratégique. Elle souligne que la situation présente non seulement révèle les tensions dans les relations russo-américaines, mais donne également à la Russie une chance de s'intégrer davantage dans la communauté internationale, notamment économique. L'activité tous azimut actuelle des officiels russes en témoigne. Or, la question reste ouverte de l'impact de cette activité une fois la riposte achevée. Moscou, donc, sera très vigilante par rapport à la réponse que Washington lui fera.


Yves Boyer : Les moyens américains et alliés

M. Boyer évoque la riposte militaire aux attentats du 11 septembre en disant que deux hypothèses sont à considérer. Premièrement il faudra détruire les réseaux terroristes en coopérant avec les Alliés sur les mesures policières et celles concernant les services secrets. Deuxièmement, l'option militaire est nécessaire pour combattre directement l'organisation de Ben Laden et le régime taliban.

Or, note Y. Boyer, il y a un certain nombre de problèmes qui se posent aux autorités américaines, notamment, comment intervenir (apparemment le principe de gradualisme est rejeté, tandis qu'une forme de blitzkrieg semble plus probable) et quand arrêter l'opération.

Ensuite, Y. Boyer envisage l'organisation d'opérations militaires en notant que l'organisme essentiel qui fixe les buts de guerre est le National Command Authority, avec le président Bush à sa tête, dont les directives passent au Pentagone, et les plans d'action sont préparés par le Comité des Chefs d'Etat-Major. Ce dernier s'appuie sur le Central Command, le commandement régional dont la zone de responsabilité inclut l'Afghanistan, l'Iran et le Pakistan, tous les trois perçus comme éventuels " théâtres de guerre ".

En poursuivant son analyse, Y. Boyer détaille l'organisation du Central Command, ses composantes terrestres (la troisième armée), navales (NAVCENT), aériennes (CENTAF), le Corps de Marine avec les unités interarmées et les forces spéciales.

Il examine, en outre, plusieurs options qui s'offrent aux autorités américaines, en partant de la plus extrême, à savoir : l'usage limité d'armes atomiques en Afghanistan.

Cette première option, d'après Y. Boyer, a pu être envisagée par les autorités dans la mesure où elle trouverait sa légitimité en tant que réponse au défi lancé à toute la nation américaine. Cette hypothèse ne sera pas retenue, mais il convient de la mentionner. Par ailleurs, cette variante éclaire la position prise par les alliés de l'OTAN : en participant à la prise de décision en matière militaire selon le Traité de Washington, ils insisteront pour faire rejeter cette option afin d'éviter la radicalisation du conflit.

La seconde hypothèse consiste en une action d'une coalition internationale et l'envoi d'un corps expéditionnaire, dirigé par les Américains. Ce scénario constituerait l'opération à long terme et comporte plusieurs risques politiques.

La troisième variante de l'opération implique la combinaison d'ensemble des moyens, appelés " puissance aérospatiale ". Celle-ci suppose l'implication des forces aériennes, qui a pour but la surveillance, le repérage et la destruction des réseaux terroristes.

Cette dernière option, selon Y. Boyer, sera la plus efficace. Or, il souligne que l'échange d'information et la coopération des services secrets à l'échelle internationale restent toujours nécessaires, surtout quant à l'heure actuelle, où les Alliés européens voient mal leur place dans la future guerre.

Pour conclure, Y. Boyer met l'accent sur le retour en force du facteur humain dans les affaires militaires. En outre, les attentats du 11 septembre étant un avertissement à tous, la riposte militaire doit être forte, tandis que la lutte contre le terrorisme ne doit s'opérer que dans le cadre d'une coalition internationale.


Bruno Tertrais : Contraintes et options.

M. Tertrais s'interroge sur les modalités et les buts de la future guerre. Pour répondre à cette question il procède à l'examen des motivations de l'administration américaine sur le plan politique, stratégique et opérationnel. Celles-ci, d'après B. Tertrais sont : le châtiment symbolique, la réduction de la menace, l'appréhension des coupables. De plus, si l'opinion publique américaine accepte l'idée des pertes éventuelles, les actions de Washington doivent être également admises par les pays européens et arabes qui soutiennent les Etats-Unis. D'où le problème des limites de futures actions américaines et des buts plus lointains qui pourraient être visés par Washington : la suppression du régime des Taliban, voire la chute du régime de Saddam Hussein en Irak.

En poursuivant son analyse des options de l'opération américaine, B. Tertrais évoque d'abord celles qui ont été rejetées par l'administration : d'une part, la possibilité d'utiliser l'arme nucléaire, et d'autre part, l'occupation de l'Afghanistan. Il ne s'agit pas d'une guerre contre un Etat agresseur (la condition essentielle de l'usage de l'arme nucléaire), et son rôle dissuasif l'a mis à part parmi les autres moyens de guerre. En ce qui concerne l'occupation, les coûts politiques et militaires et les expériences précédentes russe et britannique échouées la rendent peu probable. Par ailleurs, le bombardement symbolique est également exclu.

La riposte militaire même, indique B. Tertrais, se poursuivra sur deux niveaux : l'opération de guerre à court terme et l'opération à long terme, beaucoup plus compliquée, c'est-à-dire : la lutte complexe contre les réseaux terroristes. Si la première opération, comportant les moyens aériens et les forces terrestres spéciales, ne représente pas un grand problème sur le plan opérationnel (l'Afghanistan ne dispose pas d'une défense aérienne massive et relativement facile à accéder), la deuxième se déroulera sur la durée beaucoup plus longue et demandera la coopération de plusieurs acteurs concernés. B. Tertrais émet quelques réserves, en disant que le rôle des moyens de renseignement est toujours décisif et le fait que l'Afghanistan possède des missiles Scud B lui apporte un certain poids politique.

Ensuite, B. Tertrais s'interroge sur la place des alliés européens dans l'opération à venir, compte tenu de leurs engagements par le Traité de Washington. Selon M. Tertrais, les forces de l'OTAN ne sont à la fois ni pleinement engagées, ni exclues. Le scénario probable, donc, est une opération sous contrôle américain avec des missions spéciales et secondaires des alliés.

En conclusion, B. Tertrais insiste sur le fait que les actions militaires ne sont qu'un élément dans la lutte contre le terrorisme parmi d'autres, et qu'elles ne sont pas nécessairement les plus importantes.




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