Désarmement nucléaire : le traité de Prague

Obama et les armes nucléaires : la politique des (tous) petits pas

Bruno Tertrais, Maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique

Barack Obama est un homme déterminé mais prudent et réfléchi, qui fait souvent prévaloir ses responsabilités d'homme d'Etat sur ses inclinations personnelles. On sait maintenant qu'il a appliqué cette méthode au domaine nucléaire, au risque de décevoir nombre de ses partisans. Ni le traité de Prague ("New START") ni la nouvelle posture nucléaire nationale ("Nuclear Posture Review") ne sont des actes révolutionnaires. Ils se situent largement dans la continuité des politiques nucléaires des administrations Bush père, Clinton et Bush fils.

Le New START n'est pas un accord de réduction des armes nucléaires, et ne relève du désarmement qu'en trompe-l'oeil. Il s'agit en fait tout simplement d'un accord de "maîtrise des armements", au sens où on le pratiquait au temps de la Guerre froide. Un comble au moment où les deux pays ne se disent plus ennemis. En effet, (1) le traité ne concerne, comme celui de Moscou (2002), que les "armes stratégiques opérationnelles" (environ 30% des arsenaux). C'est la partie émergée de l'iceberg. Ne sont pas prises en compte les armes en réserve, en attente de démantèlement, ou "non-stratégiques". (2) Il fixe pour ces armes une limite (1550) à respecter en 2017 qui reste proche de la fourchette du traité de Moscou (1700-2200), qui devait être appliqué en 2012. (3) Il permet théoriquement de conserver davantage d'armes stratégiques déployées que le plafond du traité de Moscou, en raison de la règle de décompte des forces aériennes: un bombardier ne compte que comme une seule arme, même s'il est doté de 20 bombes! (Les armes ne sont pas en permanence sur les avions, contrairement à ce qui est le cas pour les missiles; et les Russes ne voulaient pas que les Américains inspectent leurs bases aériennes...) C'est un recul: ces règles de décompte sont encore plus artificielles que celles des START. Et au vu des difficultés de négociation de cet accord - ainsi que de la vigilance des Républicains au Congrès, qui restent très conservateurs sur ces questions - on peut douter qu'il y en aura un autre avant la fin du mandat de M. Obama.

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