Thinking Anew about US Nuclear Policy toward Russia?

Keith Payne, Strategic Studies Quarterly, vol. 11, n°2, été 2017, bulletin n°44, juin 2017

Alors que les précédentes Nuclear Posture Review avaient été rédigé dans un climat d’amélioration des relations entre grandes puissances et de réduction du rôle des armes nucléaires, la nouvelle édition attendue en 2017 devrait intervenir selon Keith Payne dans un contexte de menace qui s’est « radicalement détérioré » depuis 2010. Pour lui, la posture adoptée en 2010 priorisait la lutte contre le terrorisme nucléaire, la non-prolifération et le désarmement, des priorités qui ne sont plus à l’ordre du jour aujourd’hui en raison de la résurgence de la menace russe.

En effet, l’auteur, qui a notamment particulièrement travaillé sur la NPR 2001, estime que la Russie défend une vision révisionniste de l’ordre mondial, n’a plus d’intérêt pour la maîtrise des armements comme l’illustre sa violation du Traité FNI et a développé une posture dangereuse de de coercition nucléaire. Cette combinaison est dangereuse pour les Etats-Unis mais aussi pour la stratégie de dissuasion élargie de l’OTAN dans son ensemble.

Aussi, il affirme que la nouvelle NPR devra avoir trois priorités concernant la Russie : identifier ses objectifs, comprendre pourquoi le gouvernement semble confiant dans sa stratégie actuelle et renforcer la dissuasion du camp occidental.

Le premier effort doit être de déterminer les buts poursuivis par Moscou, qui sont désormais assez clairs et sont de lutter contre le sentiment d’injustice et d’humiliation ressenti depuis la fin de la Guerre froide en réimposant la position russe dans le monde.

Dans un second temps, il convient de prendre en compte les atouts perçus de la Russie qui lui permettent de mener ces objectifs sous couvert de coercition nucléaire. Ainsi, il y a une conviction à Moscou que les forces conventionnelles et leur niveau de préparation et mobilisation rapide seraient adéquates pour conduire une opération rapide. Celle-ci pourrait ensuite triompher grâce à la menace d’intensifier le conflit au niveau nucléaire, menace s’appuyant sur les armes nucléaires non-stratégiques déployées non-loin du théâtre. Enfin, cette stratégie serait largement fondée sur la conviction d’un manque de détermination de l’OTAN et d’une absence de volonté à réagir fermement à ce type d’actions.

Dans ce contexte, Keith Payne propose de renforcer la dissuasion à plusieurs niveaux : amélioration de la communication et plus grande clarté des signaux de détermination envoyés par l’Alliance atlantique dans son ensemble ; amélioration des capacités conventionnelles, en particulier sur la frontière Est de l’OTAN, et renforcement de leurs défenses et de leurs pénétrabilités ; modernisation de la Triade américaine et en particulier des armes de faible puissance, des armes capables de frapper des cibles endurcies et enterrées voire l’introduction dans l’arsenal de nouvelles capacités nucléaires déployées autour des mers européennes ; renforcement du dispositif DCA en Europe (accélération des programmes de déploiement des B61-12 etF-35, amélioration de leur survie et préparation, implication de davantage d’alliés dans la mission) ou encore renforcement de la défense antimissile nationale pour lutter contre les stratégies de coercition.

Pour l’auteur, il faut abolir la promesse formelle de ne pas introduire de nouvelles armes dans l’arsenal américain, sans pour autant juger qu’il est indispensable de renforcer quantitativement l’arsenal. Il conclue à la nécessité de prendre en compte le fait que la posture de 2010 supposait un respect par Moscou des accords de maîtrise des armements, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, et que les stratégies d’ambiguïté de l’OTAN ont montré leurs limites et doivent laisser place à une doctrine claire.

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