Command and Control in Emerging Nuclear Nations

David Arceneaux, bulletin n°40, février 2017

En 1992, Peter Feaver publiait un modèle d’analyse cherchant à prédire le type de système de commandement et de contrôle adopté par les Etats proliférants et les nouveaux Etats nucléairesPeter D. Feaver, Command and Control in Emerging Nuclear Nations, International Security, vol. 17, n°3, hiver 1992/93.. Douze ans plus tard, David Arceneaux (Syracuse University) a souhaité confronter les paradigmes de son collègue de Duke aux choix effectués par l’Inde et le Pakistan depuis leur accession au statut d’Etat nucléaire en 1998David Arceneaux, Rethinking Command & Control Systems In Emerging Nuclear Nations: Evidence from South Asia, Institute for National Security and Counterterrorism, Syracuse University, juillet 2015..

Dans cette étude, l’auteur définit le commandement et le contrôle comme « la gestion, le déploiement et l’utilisation éventuelle des armes nucléaires ». Il estime qu’il peut favoriser l’une ou l’autre des composants du paradoxe toujours/jamais. Si un Etat estime qu’il est essentiel qu’un ordre de tir soit « toujours » suivi d’effet, il préférera un commandement plus délégué, des capacités assemblées et une certaine flexibilité dans les procédures. S’il privilégie en revanche le fait qu’une arme ne soit « jamais » employée de manière involontaire ou accidentelle, il insistera sur un commandement plus centralisé, des composants non-assemblés, de forts contrôles technologiques (PALS, systèmes électroniques de sécurité) ou encore des procédures institutionnalisées.

Pour rappel, Peter Feaver avait pronostiqué à l’époque de manière théorique que deux facteurs favorisaient une organisation plus déléguée : des relations civiles-militaires stables et la perception d’une menace imminente.

David Arceneaux constate que ces hypothèses n’ont pas de fondement empirique. En effet, l’Inde a adopté un système globalement centralisé, malgré des relations apaisées entre le gouvernement civil et l’armée. Le Pakistan à l’inverse a connu de nombreuses interventions militaires dans la sphère politique mais a adopté un fonctionnement beaucoup plus délégué. Concernant le second critère, l’auteur estime que les deux pays sont dans une situation relativement similaire : ils sont dans une situation défavorable vis-à-vis de leur principal rival et leurs capacités stratégiques sont loin d’être invulnérables. La menace perçue n’est donc pas un critère opérant pour expliquer le choix différent effectué par les deux Etats.

L’étude conclue à la nécessité de prendre en compte les relations entre pouvoir civil et militaire existant avant la nucléarisation, mais dans un sens contraire à ce qui avait été anticipé par Peter Feaver.

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