Lancement officiel du programme de SNLE Columbia aux États-Unis

Emmanuelle Maître, bulletin n°39, janvier 2017

L’administration américaine, par la voix de Frank Kendall, responsable des acquisitions du Pentagone, a officiellement accepté le 4 janvier 2017 l’entrée en phase de développement de son programme de SNLE Columbia. Cette étape, concrétisée par l’adop­tion de la « Milestone B », signale la fin de la phase de réduction des risques et de maturation techno­logique. Elle indique que les responsables du pro­gramme ont été en mesure de produire des estimations budgétaires indépendantes, une stratégie d’acquisition mise à jour et de sécuriser les 773 millions de dollars mis à disposition par le Congrès en décembre pour l’année fiscale 2017 au sein du fonds spécialement créé pour financer les premiers travaux sur le programme et intitulé « National Sea-Based Deterrence Fund » (NSBDF)Anika Torruella, « Future US SSBNs cleared to proceed with detailed design phase », IHS Jane's Defence Weekly, 9 janvier 2017..

Principales caractéristiques du SNLE ColumbiaRonald O’Rourke, « Navy Columbia Class (Ohio Replacement) Ballistic Missile Submarine (SSBN[X]) Program: Background and Issues for Congress », Congressional Research Service Report, 25 octobre 2016.

Après des désaccords entre le Congrès et le Pentagone, les deux parties semblent s’être accordées sur le bienfondé d’utiliser ce fonds qui devrait permettre aux autres programmes de construction navale de ne pas être asphyxiés par les coûts des SNLE. Par ailleurs, le programme semble faire l’unanimité des deux côtés du Potomac. Sur Capitol Hill, il est prévu que le financement soit reconduit automatiquement de manière exceptionnelle lors de son passage de la section budgétaire « Recherche & Développement » à la section « Construction navale » ce qui permettra au programme de ne pas être interrompu brutalementMegan Eckstein, « Columbia-class Submarine Program Passes Milestone B Decision, Can Begin Detail Design », USNI News, 4 janvier 2017..

Côté Pentagone, il a été décidé à cette occasion de lisser le coût de R&D du programme par sous-marin (8 milliards, soit 96 pour 12 bâtiments), un choix qui permet de rendre le navire de tête plus abordable et traduit une volonté d’intégrer la composante R&D sur la vingtaine d’années que du­rera la construction, mais qui enga­ge également l’ad­ministration à ne pas interrompre le programme ou revoir à la baisse le nombre de SNLE commandésSydney Freedberg, « Kendall Says Full Speed Ahead On Navy Nuke Missile Subs: $128B Columbia Class », Breaking Defense, 4 janvier 2017..

La décision, prise dans les derniers jours de l’admi­nistration sortante, reflète vraisemblablement une volonté de la part des responsables du Pentagone de ne pas prendre le risque d’un retard dans un programme majeur pour le Département (troisième poste budgétaire) dont le calendrier d’exécution est très serréPeter Roberts, « New US Administration, Same US Submarine Procurement Programme », Commentary, RUSI, 9 janvier 2017., le risque d’annulation ou de modification profonde du programme par la nouvelle administration Trump restant très peu probable.

En termes techniques, les principales innovations du programme ont été révélées au fur et à mesure de sa conception : la réduction de la signature acoustique grâce à l’abandon des turbines à vapeur et de tout lien mécanique entre la chaufferie et le système de propulsion grâce à l’installation de moteurs turboélectriques intermédiaires (à l’instar des Triomphant) et le choix de réacteurs qui n’auront pas besoin d’être réalimentés jusqu’au retrait du service des SNLE (cœurs nucléaires pouvant normalement durer 42 ans).

Le compartiment à missiles a été entièrement modifié, devenant un module quasiment autonome du sous-marin, et sera tout d’abord fabriqué pour le programme britannique Successor (les précédents tubes étaient intégrés et soudés un à un dans la coque) Dave Majumdar, « America’s Next Missile Submarine Will Be Silent, Huge and Last Longer Than You », War is Boring, 20 mai 2016.. La Navy a indiqué que les risques technologiques associés à ces innovations devraient être compensés par le réemploi de technologies déployées sur la classe de SNA Virginia. Par ailleurs, le réemploi d’éléments conçus pour les SNA devrait permettre d’harmoniser la conception et le fonctionnement des deux types de sous-marins, rendant un transfert plus aisé des personnels embarqués entre les deux types de bâtimentsPeter Roberts, « New US Administration, Same US Submarine Procurement Programme »..

Origine des principaux composants des ColumbiaBrian Wang, « $129 billion Columbia class ballistic missile submarine program begins detail design and engineering development », Next Big Future, 7 janvier 2017.

La mise en commun et la recherche de synergies entre les deux programmes de sous-marins devraient être facilitées par les règles d’utilisation du fonds NSBDF, qui donnent quelques marges de manœuvre au gestionnaire du programme pour organiser les dépenses. Le but est notamment de mieux répartir les travaux requis pour les différents programmes menés concurremment (Columbia, Virginia mais aussi porte-avions) pour s’assurer du lissage de la charge de travail chez les constructeurs, et profiter d’éventuelles économies d’échelle et d’optimisation des tâ­ches, par exemple en matière d’achats. Cet objectif sera facilité par l’accord passé entre les entreprises en charge du projet (General Dynamics et Huntington Ingalls Industries), qui a permis d’adopter un nouvel accord de construction qui modifie la répartition respective des comman­des entre les deux sociétés, à la fois sur le programme Virginia et sur le Columbia.

Le programme commun d’acquisition de tubes de missiles mené par les États-Unis et le Royaume-Uni permet également de réduire les coûts du programme en réalisant quelques économies d’échelle et en lissant la fabrication sur une durée plus longue. Par ailleurs, en raison du calendrier britannique du Successor, il a contribué à un démarrage anticipé du programme Columbia, ce qui permet également de lisser les dépenses et les commandes sur une période plus longue.

A ce stade et grâce aux financements récemment acquis, la Navy semble donc raisonnablement confiante sur sa capacité à mener le programme même si ses partenaires continuent de faire preuve de quelques doutes sur les budgets annoncés. Ainsi, dans le rapport du CRS au Congrès, plusieurs pistes continuent d’être proposées pour réduire les coûts du programme, comme l’achat en bloc des sous-marins, qui pourrait offrir une économie de 10% sur la facture totale mais risque de rigidifier le programme, des achats de gros pour l’ensemble des sous-marins de la classe ou encore l’allongement de la durée d’acquisition pour éviter de déstructurer trop fortement la base industrielle et notamment sa gestion des autres programmes de la Navy. Enfin, continue d’être suggérée la réduction du nombre de bâtiments, même si cette option ne semble pas être la plus probable à ce jourRonald O’Rourke, « Navy Columbia Class (Ohio Replacement) Ballistic Missile Submarine (SSBN[X]) Program: Background and Issues for Congress »..

Alors que la nouvelle administration républicaine se met en place, peu de programmes d’armements semblent bénéficier d’un tel soutien partagé par le Pentagone et le Congrès. La balle est désormais dans le camp des gestionnaires de la Navy et des industriels pour tenir leurs engagements budgétaires, technologiques et de calendrier, défis qui seront scrutés en interne, mais également par les autres pays engagés dans des programmes de SNLE.

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