La dissuasion nucléaire au XXIè siècle.

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Thérèse Delpech, septembre 2013

« S’appuyant sur les leçons des cinquante premières années de l’âge nucléaire, Thérèse Delpech s’engage résolument dans le nouveau “grand débat “ nucléaire du XXIe siècle en montrant à la fois combien il est nécessaire de penser la dissuasion et de l’insérer dans une réflexion stratégique plus vaste qui prenne en compte les nouveaux acteurs, en particulier asiatiques.

À l’“âge de la piraterie stratégique“, la pratique de la dissuasion ne peut se réduire à la seule dissuasion nucléaire. Il convient en effet, sans que les concepts soient directement ou automatiquement transposables, d’intégrer le rôle de “nouvelles“ technologies comme le cyber, les armes antisatellite ou les défenses antimissile.

L’“abolition“ ou l’élimination des armes nucléaires paraissent dans ce contexte un rêve incertain. Le débat sur le sujet mobilise cependant enceintes diplomatiques et cercles académiques alors que la dissuasion est souvent négligée. L’appel de Thérèse Delpech à la reprise d’une réflexion nucléaire rigoureuse qui n’ignore ni les leçons du premier âge nucléaire ni les incertitudes du xxie siècle doit être entendu. »

Camille Grand, directeur, Fondation pour la recherche stratégique

Philosophe et politologue, Thérèse Delpech a été directeur des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et commissaire français auprès de la Commission d’inspection des Nations unies en Irak. Autorité mondialement reconnue en matière de questions stratégiques et nucléaires, elle a écrit de nombreux ouvrages, dont L’Ensauvagement qui a reçu le prix Femina-Essai en 2005.

Ce livre a été publié en collaboration avec la RAND Corporation.

La dissuasion nucléaire au XXIè siècle prix d'honneur Brienne du livre géopolitique

Le jury du Prix Brienne du livre géopolitique, présidé par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a décerné mardi 24 septembre 2013 un prix d’honneur au livre La dissuasion nucléaire au XXIe siècle. Comment aborder une nouvelle ère de piraterie stratégique ?, de Thérèse Delpech, publié à titre posthume aux éditions Odile Jacob. Initié par Luce Perrot, présidente de l’association Lire la Société, et en partenariat avec France Culture, le prix Brienne prime une œuvre littéraire géopolitique permettant au grand public de comprendre le nouvel échiquier mondial. Le critère principal de sélection des ouvrages se situe dans l’esprit pédagogique rendant lisible les processus géopolitiques et géostratégiques.

Voici les remerciements prononcés par Camille Grand à cette occasion :

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du jury,
Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi très émouvant de recevoir ce prix spécial qui couronne la publication en langue française de l’ultime ouvrage de Thérèse Delpech rédigé à la demande de la Rand Corporation et dont j’ai eu l’honneur de préfacer la présente édition française. Il y a aujourd’hui dans la salle beaucoup d’amis de Thérèse qui ont souhaité et facilité la parution de cet ouvrage important et je ne suis pas forcément le plus légitime d’entre eux pour recevoir ce prix.

Avant toute chose, je voudrais au nom de la Fondation pour la recherche stratégique qui s’est naturellement associée à cette publication, remercier tous ceux qui ont permis à ce projet de voir le jour :

  • La Rand Corporation qui avait commandé cet ouvrage et a immédiatement accepté d’autoriser cette traduction ;
  • La Direction des applications militaires du CEA qui, sous l’autorité de Daniel Verwaerde, nous a permis de réaliser la traduction française et tous ceux qui m’ont aidé à réviser cette traduction Morgane Farghen, Tiphaine de Champchesnel et Bruno Tertrais ;
  • Les éditions Odile Jacob qui ont pris le risque de publier, et je sais combien c’est un pari difficile, de publier à titre posthume cet essai dans une collection prestigieuse ;
  • Et, last but not least, Perrine Simon-Nahum, qui a édité la presque totalité des ouvrages de Thérèse et qui a été un soutien de tous les instants pour mener à bien ce projet.

L’influence de Thérèse Delpech, ancienne directrice des affaires stratégiques du CEA, disparue en janvier 2012, en matière de réflexion nucléaire est souvent méconnue en France, alors qu’elle fut peut-être le penseur français le plus influent dans le débat nucléaire international depuis Raymond Aron. Les hommages qui lui ont été rendus aux Etats-Unis, en Europe mais aussi en Asie montrent l'autorité qui fut la sienne depuis qu’elle avait commencé à réfléchir et à écrire sur ces questions. Dans une oeuvre importante qui s’ouvre par une réflexion sur L’héritage nucléaire[1] et s’achève par la parution du présent essai consacré à La dissuasion nucléaire au XXIème siècle, elle a beaucoup écrit sur tous les aspects du nucléaire militaire, démontrant une extrême maîtrise des arcanes du débat théorique sur la dissuasion et jouant un rôle essentiel de vigie face aux risques de la prolifération et à l’émergence de nouveaux risques nucléaires.

Thérèse Delpech n’a cependant jamais cédé à une certaine forme de cynisme, maladie trop fréquente dans les cercles nucléaires, et a toujours refusé de se plier à l’injonction de Raymond Aron qui écrivait « quiconque aujourd’hui réfléchit sur les guerres et la stratégie élève une barrière entre son intelligence et son humanité »[2]. Elle n’a jamais renoncé à son humanité. L’extrême précision de sa pensée ne l’a nullement conduite à exalter un « âge d’or nucléaire » et les vertus de la bombe sans penser le risque nucléaire. Elle a, au contraire, inlassablement cherché à tirer les leçons des crises passées et nourri sa réflexion stratégique de son commerce avec les grands auteurs classiques et l’histoire. Elle avait toujours en tête les tragédies du XXème siècle et s’inquiétait des risques associés au retour de la barbarie[3].

L’ambition de ce livre ne se limite pas à une relecture attentive des doctrines et des crises nucléaires du XXème siècle. S’appuyant sur les leçons des premières cinquante années de l’âge nucléaire, Thérèse Delpech s’engage résolument dans le nouveau « grand débat » nucléaire du XXIème siècle en montrant à la fois combien il est nécessaire de penser la dissuasion et de l’insérer dans une réflexion stratégique plus vaste qui prenne en compte les nouveaux acteurs - en particulier asiatiques - comme les innovations technologiques que sont les défenses antimissiles ou le cyber.

Alors que les dirigeants occidentaux ont trop souvent délaissé la réflexion sur la dissuasion, la relecture des classiques de la stratégie nucléaire à laquelle se livre Thérèse Delpech permet de comprendre à quel point la dissuasion nucléaire ne va pas de soi. En effet, d’autres stratégies reposant sur l’emploi des armes nucléaires ou acceptant une part de risque élevée ne sont pas exclues et pourraient mettre en cause le fragile équilibre nucléaire des soixante-dix dernières années.

Son analyse des crises est ainsi particulièrement éclairante dans la mesure où elle montre combien la stabilité nucléaire n’est en rien garantie et a exigé, en particulier de la part des dirigeants américains et soviétiques, un véritable apprentissage des codes de la dissuasion. Contrairement à une idée reçue ou à une lecture ex-post qui voit la Guerre froide comme une « longue paix », les crises nucléaires ont été multiples et n’ont pas toujours été gérées avec prudence. Alors que les leçons de ces crises s’estompent dans la mémoire politique de nos dirigeants et de nos sociétés, le rôle premier de la dissuasion nucléaire, prévenir les guerres entre puissances majeures semble parfois oublié ou occulté.

En l’absence fréquente d’une réflexion rigoureuse sur le fait nucléaire, il n’est nullement garanti que les nouveaux acteurs nucléaires acceptent d’entrer pleinement dans la logique de la dissuasion et n’adoptent pas des postures risquées tant au plan déclaratoire que dans la gestion des crises futures. Un certain nombre de crises passées ou récentes montrent à quel point des pays comme la Syrie, la Corée du Nord, le Pakistan ou la Chine demeurent rétifs à la logique de la dissuasion et ne partagent pas l’aversion au risque des puissances nucléaires occidentales.

Il ne suffit pourtant pas de revisiter les concepts de la Guerre froide pour garantir la paix nucléaire tant l’environnement stratégique est marqué par l’incertitude. A « l’âge de la piraterie stratégique » pour reprendre le sous-titre de cet ouvrage, la multiplication des acteurs comme l’émergence de nouvelles technologies bouleversent d’autant plus le paysage nucléaire que la pratique de la dissuasion ne peut se réduire à la seule dissuasion nucléaire. Des technologies « nouvelles » bousculent l’exercice de la dissuasion, en rendant possibles des situations dans lesquelles des attaques asymétriques peuvent mettre en cause les intérêts vitaux de puissances nucléaires ou des défenses antimissiles compliquer l’exercice de la dissuasion nucléaire. Il convient donc d’insérer ces développements dans la réflexion sur la dissuasion dont l’exercice devient plus difficile.

« L’abolition » ou l’élimination des armes nucléaires paraissent dans ce contexte un rêve incertain dont les conditions politiques et stratégiques sont loin d’être réunies. Le débat sur le sujet mobilise cependant enceintes diplomatiques et cercles académiques et contribue à laisser négliger la nécessaire réflexion sur la dissuasion dans un monde incertain.

Dans ce débat, la France, qui n’a jamais renoncé à penser les questions stratégiques et l’arme nucléaire – comme en témoigne le dernier Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale -, doit tenir toute sa place. Au prix parfois d’un certain isolement diplomatique, elle maintient à contre-courant la nécessité de défendre la dissuasion contre ses détracteurs et de penser le caractère unique de l’arme atomique. Avec ce livre, Thérèse Delpech démontre aussi que la paresse intellectuelle ne va pas sans risques stratégiques.

Ce livre ambitieux est une contribution essentielle à un débat nécessaire. L’appel de Thérèse Delpech à la reprise d’une réflexion rigoureuse qui n’ignore ni les leçons du premier âge nucléaire, ni les incertitudes du XXIème siècle doit être entendu.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les membres du jury, je vous remercie de l’avoir aujourd’hui honoré d’un prix spécial qui salue à la fois un essai majeur et la mémoire de Thérèse Delpech.


[1] ↑ Thérèse Delpech, L’héritage nucléaire, Editions Complexe, Paris, 1997.
[2] ↑ Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, t.II L’âge planétaire, Gallimard, Paris, 1976, p. 267.
[3] ↑ Thérèse Delpech, L’ensauvagement, Essai sur le retour de la barbarie au XXIème siècle, Grasset, Paris, 2005 (Prix Femina - essai 2005).

Sommaire


  • Préface à l'édition francaise
  • Un paysage nucléaire renouvelé dans un environnernenl stratégique incertain
  • Penser la dissuasion nucléaire au XXè siecle
  • Avant-propos
  • CHAPITRE 1. Introduction
    • De nouvelles menaces
    • Un risque plus grand d'utilisalion du nucléaire
    • Chine/Etats-Unis : des relations dangereuses
    • Le deuxième âge nucléaire
  • CHAPITRE 2. Repenser la dissuasion
    • Une préoccupation moindre...
    • ...pourtant, une nécessité aujourd'hui
  • CHAPITRE 3. Les concepts
    • La remise en question du concept principal
    • La dissuasion élargie : renouveau d'un concept
    • L'autodissuasion : le meilleur des mondes - et le pire !
    • La destruction mutuelle assurée : un concept passe de mode
    • Stabilité : la fin du rêve
    • La seconde frappe : un vieux concept à l'avenir prometteur
    • La parité : un concept confus et déroutant
    • Un paradoxe : à sociétés vulnérables, armes invulnérables
    • La crédibilité : un concept de plus en plus pertinent
    • Le lancement dès l'alerte: un concept dangereux
    • L'incertitude : un concept pour notre temps
    • La théorie des jeux : irréelle
    • Guerres nucléaires limitées : le triomphe de l'espoir
    • Du vin vieux dans des bouteilles neuves : cinq millésimes sortis des caves de la guerre froide
    • Cauchemars contemporains
  • CHAPITRE 4. Des leçons à tirer des crises
    • Crises préliminaires
    • Crises de Berlin
    • 1962: crise des missiles cubains
    • Crises asiatiques
    • Crises au Mayen-Orient
    • Perception erronée
    • Quelles leçons tirer de ces crises ?
    • La dissuasion : une affaire de comportements au quotidien, pas lors de crises brèves
    • Capacité à prendre des risques : une partie intégrante de l'histoire d'une réussite
    • Force est de le reconnaitre : notre approche de la « rationalité » nest pas la seule qui existe.
    • la prudence devrait empécher la prise de risques inutiles.
    • L'ignorance : mère de félicité... mais dangereuse
    • Les subtilités de la théorie de la dissuasion n'ont guère d'importance en temps de crise
    • Les penseurs stratégiques n'en influencent pas moins considérablernent la politique de défense
    • Dans l'ensemble, les initiatives ou menaces explicites - dans la mesure ou elles sont crédibles - ont mieux réussi que l'incertitude
    • Les acteurs n'ont jamais un contrôle total des événements
    • Le passe nous offre des expériences riches d'enseignements vis-a-vis de l'Asie
  • CHAPITRE 5. L'ère des petites puissances
    • L'Iran
    • La Corée du Nord
    • Le Pakistan
    • La Syrie
    • Quelques réflexions concernant les petits Etats et la sécurité internationale
  • CHAPITRE 6. Notre avenir : un grand Monopoly de la piraterie ?
    • La Chine
    • La Russie
    • Une stabilité stratégique hors d'atteinte
  • CHAPITRE 7. La dissuasion dans l'espace et dans le cyberespace
    • L’espace
    • Le cyberspace
  • Conclusion
  • Notes
  • Références bibliographiques
  • Remerciements

La dissuasion nucléaire au XXIè siècle.

Auteur(s) : Thérèse Delpech
Collection : Edition Odile Jacob
Parution : septembre 2013


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