Global Hezbollah (un exemple de mobilisation diasporique)

Recherches & Documents n°10/2017
Jean-Luc Marret, novembre 2017

Au-delà de l’actualité récente (Syrie, Houthis-Yémen, Hariri), l’étude d’une organisation aussi diverse que le Hezbollah, à la fois profondément enracinée dans une réalité locale, mais acteur de la globalisation (en particulier via sa dissémination parmi les diasporas et communautés libanaises et chiites à travers le monde), exige modestie et à coup sûr une approche interdiscipli­naire ouverte et pragmatique. Le Hezbollah est ainsi actif non seulement au Liban et au Moyen-Orient, mais dans l’ensemble du monde où se trouve des diasporas chiito-libanaises, y compris depuis plusieurs générations – ainsi en Afrique de l’ouest ou en Amérique latine.

Une des raisons explicatives de la naissance ou, plus précisément de la formalisation du Hezbollah, est certainement l’idéologie expansionniste de la révolution iranienne. Cet aspect est intéressant, car peu ou prou observable aujourd’hui encore dans d’autres zones (en Afrique en particulier). Ainsi, le Hezbollah est à la fois le fruit de cet expansionnisme et désormais, l’un de ses vecteurs, mais avec des éléments d’autonomisation.

L’analyse des réseaux ou structures du Hezbollah à travers le monde, au demeurant, pose un défi supplémentaire :

  • Certaines de ces structures sont par définition clandestines, au milieu d’une population chiite peut-être inexistante (rare),
  • Le Hezbollah étant essentiellement un mouvement libanais, il est considéré que ses réseaux et relais à travers le monde le sont peu ou prou. Au demeurant, ceci est observable pour d’autres organisations politiques violentes à substrat diasporique comme le PKK ou le LTTE. Pour autant, aussi bien la situation libanaise actuelle, que la perception par certains de la dimension révolutionnaire anti-occidentale, antisioniste, voire anticapitaliste du Hezbollah, a favorisé deux mouvements de conversion et d’adhésion aux valeurs du Hezbollah, suscitant des soutiens inédits – l’internationalisation de la révolution iranienne au début des années 1980, et la guerre Hezbollah-Israël de 2006. Il est probable d’ailleurs qu’un nouveau conflit contre le Hezbollah, voire une attaque de l’Iran, induirait une troisième vague.

Toute diaspora produit des solidarités symboliques et réelles avec le pays d’origine – y compris sur une base intergénérationnelle –, le cas échéant en passant par une organisation politique, type Hezbollah, qui réussit à quasi-monopoliser ces soutiens.

Le « financement du Hezbollah » est pour autant une expression qui en soit est une manière de simplifier la réalité. En effet, l’extrême diversité organisationnelle du Hezbollah, entre bras armé illégal dans de nombreux pays, et bras politique ou caritatif (légal dans de nombreux pays), l’inclination libanaise pour les petites structures économiques de profit, sans parler de l’absence de transparence comptable ou légale dans de nombreux pays africains ou arabes, font qu’il est impossible à l’équipe de fournir une estimation des financements qui vont au Hezbollah. Au demeurant, l’analyse habituelle américaine ou israélienne du Hezbollah fait que la caractérisation d’un financement du Hezbollah est systématiquement « optimalisée », en raison de l’agenda politique de ces deux pays, ce qui entraîne sans surprise une surreprésentation des exemples criminels de financement (drogue, trafics divers, etc.). La « sphère Hezbollah » est un univers composite, évolutif, en partie transparent et en partie opaque, en partie légal et illégal, mêlant micro- et macro-financement qu’il est difficile de suivre et d’analyser.

Au-delà de son socle démographique diasporique, le Hezbollah bénéficie par son aura de résistance de soutiens non-diasporiques à travers le monde : Il bénéficie ainsi d’une solidarité de résistance antisioniste en arrière-plan anti-occidental et anticapitaliste. De ce point de vue, une attaque contre le Hezbollah, davantage encore que contre l’Iran ?, cristalliserait dans ces franges-là une solidarité qui pourrait s’incarner de diverses manières, en particulier sous forme de protestation publique (comme en 2006). Nous pensons avoir sous-estimé un soutien de moindre mesure provenant des franges extrémiste de droite, ici en vertu de l’antisémitisme. Enfin, ce que nous avons appelé le mouvement ou l’effort de chiisation, en particulier via les structures prosélytes iraniennes, mais aussi des personnalités morales et religieuses émergentes ou leaders de communautés locales, souvent formées par l’internationalisation de la révolution iranienne, en particulier en Afrique, peut occasionnellement fournir, mais via le chiisme, plutôt que les liens diasporiques, des sympathies au Hezbollah, sympathies qui elles aussi pourraient s’accroître en cas de conflit.

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