Comptoirs et réseaux transnationaux chinois, moteurs de l’orpaillage illégal en Guyane française

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Résumé

L’orpaillage illégal en Guyane française constitue un enjeu d’intérêt national et un défi protéiforme pour les autorités publiques et la population. Cette atteinte à la souveraineté alimente les trafics illicites de réseaux criminels et accentue l’insécurité ambiante. La lutte contre ce fléau, notamment via l’Opération Harpie depuis 2008, a déjà provoqué la mort de militaires français, dont deux en 2023. Les opérations de répression coûtent chaque année 70 millions d’euros, tandis que le pillage du sol guyanais représente un préjudice économique majeur pour l’économie locale et les finances publiques, estimé à plus de 500 millions d’euros par an.

L’orpaillage illégal a de graves conséquences sanitaires et environnementales. L’imprégnation mercurielle et la pollution des sols affectent directement les populations amérindiennes françaises, en particulier les femmes enceintes et leurs enfants. La dégradation des cours d’eau et la déforestation sauvage, notamment au sein du Parc amazonien de Guyane, portent atteinte à un écosystème unique, source de biodiversité et puits de carbone.

Si ces activités illicites en Guyane française sont principalement conduites par des orpailleurs illégaux brésiliens, les garimpeiros, elles sont rendues possibles par des acteurs chinois, dont le rôle est essentiel bien qu’indirect. Les 120 comptoirs chinois établis le long de la rive surinamaise du Maroni jouent un rôle clé dans la logistique de l’orpaillage en approvisionnant en matériel et biens du quotidien les chantiers et en permettant leur financement. Les réseaux transnationaux qui les accompagnent facilitent le recel et le blanchiment de près de dix tonnes d’or extrait illégalement chaque année et sont impliqués dans divers pans de la criminalité environnementale, dont le trafic d’animaux sauvages. Comptoirs et réseaux chinois renforcent enfin la résilience des orpailleurs illégaux, ce qui nuit durablement à l’action de l’État et va à l’encontre des intérêts français.

L’essor de ces comptoirs chinois bénéficie d’un environnement régional propice marqué par des défaillances de l’État surinamais et une influence chinoise croissante, avec des liens étroits tissés avec certaines élites politiques surinamaises et un quasi-monopole dans le secteur du commerce de communautés intégrées depuis des décennies dans le tissu économique.

Le cas guyanais s’inscrit dans un phénomène global de prédation de ressources minières par des acteurs chinois. Au Ghana, au Mali, en Colombie ou encore au Suriname, des ressortissants chinois participent directement à l’exploitation illégale d’or, parfois encouragés, voire soutenus, par les autorités chinoises. Au-delà de l’opportunisme économique, Pékin cherche à accroître ses réserves aurifères pour renforcer la stabilité du yuan et diminuer sa dépendance au dollar dans un contexte de tensions croissantes avec Washington.

Il est nécessaire d’améliorer la compréhension tant de ce phénomène que de ses conséquences locales, et de mieux identifier le rôle de ces acteurs chinois dans l’orpaillage illégal en Guyane française. Cette étude en constitue une première étape. Elle repose sur des observations et entretiens conduits auprès de l’ensemble des acteurs de la lutte contre l’orpaillage au cours d’une mission de terrain en Guyane française et au Suriname début 2023, ainsi que sur plusieurs mois de recherches en sources ouvertes, notamment en langue chinoise.

Les auteurs tiennent à remercier l’ensemble des acteurs de l’État et de la société civile en Guyane française ainsi que le poste diplomatique à Paramaribo. Leur travail est indispensable pour lutter contre le fléau de l’orpaillage illégal sur le territoire national.

 

 

Photo de couverture (© OAM – EMOPI 2020) : comptoir chinois implanté sur les berges surinamaises du fleuve Maroni, à la frontière avec la Guyane, qui fournit du matériel d’orpaillage.

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